
Château
Château de Vitré
Ille-et-Vilaine, Bretagne
À propos de ce lieu
Au bout d'un éperon de schiste qui plonge sur la Vilaine, une silhouette triangulaire de tours à poivrière domine la vallée depuis près de mille ans. Le château de Vitré n'a pas l'air d'un château de cour. Il a l'air d'une machine de guerre, et c'est exactement ce qu'il était.
Vers l'an 1008, Riwallon de Vitré reçoit du duc de Bretagne la seigneurie qui portera son nom. Il bâtit une motte de bois, primitive, insuffisante. Entre 1060 et 1070, Robert Ier de Vitré fait construire en pierre sur l'éperon rocheux actuel une forteresse nouvelle. Il subsiste de cette première construction un portail roman d'une beauté saisissante, alternance de schiste bleu-noir et de granit roux extrait à quinze kilomètres de là. Cette distance inhabituelle pour l'époque est un signe : les barons de Vitré avaient le sens du prestige.
La position de Vitré explique tout. La cité se trouve exactement à la jonction des Marches de Bretagne, cette zone frontalière tendue entre le duché breton et les principautés du Maine, de la Normandie et de l'Anjou. Chaque changement de voisin est une menace potentielle. En 1239, l'unique héritière de la baronnie, Philippa de Vitré, épouse Guy VII de Laval, fils d'Emma de Laval et de Matthieu de Montmorency. La forteresse entre ainsi dans la grande famille des Montmorency-Laval et n'en sortira plus jusqu'à la Révolution. C'est sous André III, au début du XIIIe siècle, que le château prend sa forme définitive : plan triangulaire, tours circulaires aux angles, fossés secs, influence directe du modèle dit philippien de Philippe Auguste. Une machine à résister.
Mais les Laval savent aussi vivre. Au XVe siècle, Jeanne de Laval-Châtillon fait aménager dans le logis une chambre d'étuve, l'ancêtre du sauna. Confort absolu pour l'époque. Et Guy XVI, au tout début du XVIe siècle, commande entre 1526 et 1531 sur la façade de la tour de l'Oratoire un édicule en tuffeau de style Renaissance, première manifestation de ce style en Bretagne. Le tuffeau, pierre du Val de Loire, poreuse et délicate, n'a pas supporté l'humidité bretonne. Il a fallu le restaurer au XXIe siècle. La Renaissance avait sous-estimé la pluie de l'Ille-et-Vilaine. Sur cet édicule figurent les armoiries de Guy XVI entrelacées avec celles de ses trois épouses successives : Charlotte d'Aragon, Antoinette de Daillon, Anne de Montmorency, sœur du grand connétable.
Au XVIe siècle, les Rieux puis les Coligny font de Vitré un bastion protestant. Une chaire de prêche calviniste est installée à l'extérieur de l'église Notre-Dame, elle s'y trouve encore. Après les guerres de religion, le château décline. Il devient caserne, prison, puis mairie. En 1913, la mairie s'y installe officiellement. Elle y est toujours.
La tour Sans-Nom, la dernière construite, date de 1909-1910. Elle a été ajoutée parce qu'il manquait une tour à cet angle du château. Un architecte néo-gothique l'a inventée de toutes pièces.
Mille ans d'histoire, et une tour qui n'existait pas.
Tags
châteaumédiévalmusée


