
Château
Château des Baux-de-Provence
Bouches-du-Rhône, Provence-Alpes-Côte d'Azur
À propos de ce lieu
La famille prétendait descendre d'un roi mage. Leur devise — A l'asard Bautezar, "au hasard Balthazar" — était gravée sur les murs. Leur blason portait une étoile à seize rais, celle de Bethléem. Et sur leur éperon calcaire des Alpilles, à cent quatre-vingts mètres au-dessus de la plaine de Provence, ils avaient bâti l'une des places fortes les plus redoutées d'Europe.
Le castrum Balcium est mentionné dès 975. Mais c'est au XIIe siècle que les seigneurs des Baux imposent leur nom à toute la Provence — vingt ans de guerres baussenques contre le comte de Barcelone, possessions étendues jusqu'au Dauphiné et en Italie, cours poétiques où troubadours et ménestrels chantaient l'amour courtois pour les dames de la maison. La forteresse est à la fois une cour et une machine de guerre. Elle est semi-troglodytique — des pans de murs entiers sont taillés à même le calcaire, comme si la montagne s'était faite château d'elle-même.
Au XIVe siècle, Raymond de Turenne devient le maître des lieux. Neveu d'un pape d'Avignon, il commence comme seigneur docile, combat en Flandres pour le roi de France, en Italie pour le Saint-Siège. Puis quelque chose se brise. Il se révolte contre tous les pouvoirs à la fois — condamné à mort, excommunié, il se moque des deux sentences et rassemble des bandes de pillards qui mettent la Provence à feu pendant douze ans. Il est appelé le fléau de la Provence. Son passe-temps favori, rapportent les chroniques, est d'obliger les prisonniers à sauter du château dans le vide. Leurs hésitations, leur terreur, leurs reculs le font hurler de rire. Les États de Provence mettent sa tête à prix — dix mille florins d'or, mort ou vif. Il meurt en 1413. Personne ne sait où ni comment. Sa tombe est inconnue.
La lignée s'éteint en 1426 avec la mort d'Alix, dernière princesse des Baux. En 1631, las d'être une cible permanente, les habitants eux-mêmes négocient avec Louis XIII le droit de démanteler leurs propres remparts. Ils obtiennent gain de cause. À la poudre et à la pioche, les hauts murs tombent. En 1642, Louis XIII offre le marquisat des Baux au prince de Monaco, Honoré II Grimaldi — en remerciement d'avoir chassé les Espagnols du Rocher. Le titre de marquis des Baux est aujourd'hui encore porté par l'héritier du trône monégasque.
En 1821, un chimiste nommé Berthier trouve dans les collines voisines une roche rouge qui permet de produire de l'aluminium. Il la baptise bauxite, du nom du village. Les ruines du château dominent la plaine depuis mille ans. Elles ont donné leur nom au métal qui a bâti le monde moderne.
Tags
châteauruinesmédiéval


