
Château
Château des Ducs de Bourbon
Allier, Auvergne-Rhône-Alpes
À propos de ce lieu
Au cœur de Moulins, une tour carrée tronquée se dresse sans toiture ni couronnement, comme si quelqu'un l'avait abandonnée en cours de route. Son surnom est ancien : la Mal-Coiffée. Il lui vient de Louis II de Bourbon lui-même, qui, contemplant son donjon inachevé, aurait lancé : C'est une belle tour, mais elle est mal coiffée. La remarque est restée. Le château, lui, a eu moins de chance.
En 1374, Louis II de Bourbon décide de faire de Moulins sa capitale ducale et d'y construire une résidence digne de son rang, inspirée des travaux commandités par Charles V au Louvre et à Vincennes. Les travaux durent de 1375 à 1410 environ. Six tours, cinq courtines, un logis, une grande salle d'apparat où s'exerce le pouvoir des ducs sur un territoire qui s'étend de la Marche au Beaujolais. La Mal-Coiffée est le donjon de cette première forteresse, datée par dendrochronologie aux alentours de 1399-1400. Elle domine toute la ville.
Puis vient Anne de France. Fille de Louis XI, sœur de Charles VIII, elle a gouverné la France comme régente pendant la minorité de son frère. En 1488, elle épouse Pierre II de Bourbon et s'installe à Moulins avec toute l'intelligence politique et le goût artistique d'une femme qui a tenu les rênes du royaume. Sous son impulsion, le château s'agrandit, un logis gothique flamboyant, une galerie, une chapelle Renaissance construite à partir de 1497. Ce pavillon que l'on appelle aujourd'hui le pavillon Anne de Beaujeu est l'un des premiers édifices Renaissance de toute la France.
En 1517, son gendre Charles de Bourbon, connétable du roi François Ier, reçoit le souverain à Moulins pour le baptême de son fils. Le faste déployé est tel que le roi en reste sidéré, et vexé. Cinq cents vassaux, des flamants roses importés d'Orient, une splendeur que François ne peut lui-même pas égaler. La jalousie fait son œuvre. En 1523, après la mort de Suzanne de Bourbon et la confiscation du duché, le connétable fuit Moulins déguisé, rejoint les armées de Charles Quint et finit par mourir en 1527 en escaladant les remparts de Rome. Le château passe à la Couronne. Il est assigné aux reines de France, Louise de Lorraine-Vaudémont, veuve d'Henri III, y mourut en 1601. Catherine de Médicis y avait séjourné et fait construire son propre corps de logis.
Dans la nuit du 2 au 3 juin 1755, un incendie se déclare dans l'appartement du marquis des Gouttes. Les flammes gagnent les combles, puis toute la résidence. Seule la Mal-Coiffée résiste. Elle est convertie en prison dès 1780 et le reste pendant deux siècles. Sous l'Occupation, la Gestapo s'y installe et y emprisonne des résistants dans les cachots du sous-sol. Les mots et les marques gravés dans les murs y sont encore.
La tour est libre depuis 1983. Les inscriptions des prisonniers sont toujours là, en dessous.


