
Château
Château du Boschet
Ille-et-Vilaine, Bretagne
À propos de ce lieu
Lorsque Pierre de Lescouët fait construire son château en Bretagne entre 1660 et 1680, il commande les pierres depuis la Loire. Le sous-sol de Bourg-des-Comptes est en granit, comme partout dans la région. Mais le château qu'il a en tête ne sera pas breton. Il sera du tuffeau blanc, lumineux, aéré, symétrique. Pendant que Versailles se construit, son grand chambellan fait descendre la Loire jusqu'à la Vilaine des blocs de calcaire pour bâtir, à vingt kilomètres de Rennes, quelque chose d'impossible : un château de la Loire en pleine Bretagne.
Pierre de Lescouët n'est pas seulement vicomte du Boschet. Il est grand chambellan de Philippe d'Orléans, Monsieur, frère du Roi. Il vit à Versailles, respire Versailles, connaît ses architectes et ses jardins. De retour en Bretagne, il reproduit sur son domaine de Bourg-des-Comptes ce qu'il a observé à la cour : façade classique et symétrique, toit à la Mansart, quatre tours d'angle, escalier monumental à balustres de pierre blanche au cœur du logis, et un parc à la française structuré en cinq terrasses descendant vers la Vilaine. Les jardins s'inspirent des leçons de Le Nôtre, dont les disciples sont vraisemblablement intervenus ici. Mais Pierre de Lescouët, protestant converti au catholicisme, n'a pas entièrement renoncé à ses convictions. On dit que des détails cryptiques parsèment les décors intérieurs, signes de reconnaissance pour ceux qui savent lire.
Le château change plusieurs fois de mains au fil des générations. En 1767, il est vendu pour deux cent trente mille livres à Nicolas Magon de La Gervaisais, de la célèbre famille d'armateurs malouins. Devenu émigré pendant la Révolution, Magon revend en 1802 à la famille Brossais-Saint-Marc. C'est le cardinal Godefroy Brossay-Saint-Marc, premier archevêque de Rennes, élevé au cardinalat par Pie IX en 1875, qui laisse au château sa pièce la plus étrange. Il fait aménager sa chambre personnelle selon le modèle exact de la chambre de la marquise de Pompadour à Versailles : boiseries de chêne sculptées intégralement, dorées à la feuille d'or. Un cardinal de l'Église catholique qui décore sa chambre à l'image de la maîtresse du roi, dans un château déjà construit par un protestant converti. Le Boschet accumule les contradictions avec l'élégance des grandes maisons.
Le parc n'a presque pas changé depuis le XVIIe siècle, sa structure en terrasses, ses buis taillés, ses perspectives sont restés intacts à travers les révolutions, les guerres et les héritages. Chose rarissime pour un domaine de cette taille. En 2011, l'ensemble du château, de la chapelle, des communs et du parc est classé en totalité monument historique. En 2022, il est vendu à de nouveaux propriétaires privés.
À vingt kilomètres de Rennes, une lumière blanche sur la Vilaine, des jardins de cour royale, une chambre cardinalice en or.
Le Boschet n'a jamais été breton de cœur, et c'est précisément ce qui le rend unique.
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