
Château
Château du Haut-Koenigsbourg
Bas-Rhin, Grand Est
À propos de ce lieu
En mai 1899, la ville de Sélestat offre ses ruines à un empereur. Le geste est calculé, donner ce château dévasté à Guillaume II, c'est espérer qu'il sera plus généreux avec l'Alsace annexée depuis 1871. Le Kaiser accepte. Il voit tout de suite l'usage qu'il peut en faire.
Le château originel remonte au XIIe siècle. Il est la possession des Hohenstaufen, empereurs du Saint-Empire, qui dominent de là toute la plaine alsacienne. À leur extinction, les Habsbourg héritent du site. En 1462, une coalition de cités alsaciennes excédées par les chevaliers-brigands qui y font leur repaire assiège le château et le détruit. Il sera reconstruit, modernisé pour résister à l'artillerie, puis démoli à nouveau pendant la guerre de Trente Ans par les Suédois en 1633. Deux cents ans de ruines suivent. Le romantisme redécouvre les moellons effondrés. Victor Hugo les évoque. Les graveurs les reproduisent. Sélestat rachète les décombres en 1865 pour les préserver.
Quand Guillaume II reçoit les ruines, il n'y voit pas un cadeau sentimental. Il y voit un argument. L'Alsace est allemande, veut-il démontrer, et quel meilleur argument qu'un château médiéval rebâti à la gloire des dynasties impériales qui l'ont possédé? Il confie le chantier à l'architecte Bodo Ebhardt. Les travaux durent huit ans, mobilisent des centaines d'ouvriers, coûtent cinq millions de marks, en partie financés par les Alsaciens eux-mêmes. Sur le portail d'honneur, le blason de Guillaume II est entremêlé à celui de Charles Quint. Dans la pierre de 1903, un signe de chantier représente un aigle formé des trois H, Hohenstaufen, Habsbourg, Hohenzollern. Le message est gravé dans le grès rose : nous sommes la continuité.
L'inauguration a lieu le 13 mai 1908 sous une pluie battante. La salle du Kaiser, ornée des fresques héraldiques du peintre Léo Schnug, exalte la germanité de l'Alsace en images et en symboles. La polémique est immédiate, le donjon reconstitué carré était-il rond à l'origine ? L'illustrateur Hansi s'en empare pour ridiculiser l'ensemble.
En octobre 1918, quelques semaines avant l'armistice, Guillaume II vient voir le château pour la dernière fois. Il grave une phrase sur la cheminée de la salle des Fêtes : Ich habe es nicht gewollt. "Je ne l'ai pas voulu ainsi." La défaite ? La guerre ? Les deux.
En janvier 1919, le maréchal Pétain monte à cheval prendre possession du château. Des journaux réclament qu'on le dynamite. Il devient palais national. Jean Renoir y tourne La Grande Illusion en 1936. Hayao Miyazaki y fait des repérages pour Le Château ambulant.
Le blason de Guillaume II est toujours visible dans la pierre.
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