Château du Taureau
Château

Château du Taureau

Finistère, Bretagne

À propos de ce lieu

C'est dans la salle de discipline du château du Taureau, une pièce voûtée de granit cernée par la mer de toutes parts, que Louis Auguste Blanqui rédige L'Éternité par les astres, traité philosophique sur l'infini de l'univers et l'éternel retour. Emprisonné le 17 mars 1871, la veille du début de la Commune de Paris à laquelle il ne participera pas, le révolutionnaire qui a passé plus de la moitié de sa vie enfermé écrit là, au milieu de la baie de Morlaix, sa méditation la plus vertigineuse. Tout commence en juillet 1522. La flotte anglaise choisit le jour de la foire de Guingamp pour attaquer Morlaix, les notables et soldats sont absents, la ville est sans défense. Soixante navires approchent. Plusieurs centaines d'hommes débarquent déguisés en marchands, remontent la rivière la nuit, pillent, brûlent. Morlaix met dix ans à se relever. Exaspérés, les habitants décident de prendre eux-mêmes leur défense. Ils obtiennent l'autorisation royale en 1542, sans financement royal, sur leurs propres deniers, et construisent un premier fort sur l'îlot rocheux du Taureau, seul point qui force les navires à emprunter la passe occidentale, à portée de canon. Ce premier ouvrage est rustique, insuffisant. La mer l'attaque. En 1689, Louis XIV envoie Vauban. Le fort est repris aux Morlaisiens et entièrement reconstruit. Travaux sur quarante-cinq ans, granite arraché aux îles voisines, Callot, Batz, l'île Louët, transporté par mer depuis des carrières à portée de voile. Le résultat mesure soixante mètres de long, douze de large, douze de haut. Onze casemates à canon. Une chapelle. Des citernes. Une forme oblongue qui épouse exactement le rocher. Jamais accessible à pied, quelle que soit la marée. Dès 1721, avant même son achèvement, la forteresse change de vocation. Le port de Morlaix décline, la défense de la baie perd son urgence. On en fait une prison. Granite d'un côté, mer de l'autre, l'évasion est un pari mortel. Sébastien Trévou le tente en 1793 et se noie. Les pensionnaires sont d'abord des aristocrates bretons expédiés là sous lettres de cachet par leurs propres familles, soucieuses d'effacer une honte. Sous la Révolution, ce sont des prêtres réfractaires, des suspects politiques. Blanqui est le dernier. Le fort est déclassé en 1883, désarmé en 1890. Il sombre dans le silence. En 1930, Mélanie Lévêque de Vilmorin, veuve du grainetier, mère de Louise de Vilmorin, loue le château à l'État et l'ouvre aux fêtes. Jean Cocteau, André Malraux, Sacha Guitry, Antoine de Saint-Exupéry, qui voulait épouser Louise, traversent la baie pour se retrouver dans la cour fleurie du vieux fort. Les Allemands s'y installent ensuite, posent un canon antiaérien sur la terrasse. Puis une école de voile. Puis l'abandon. Puis la restauration, six ans de chantier, achevée en 2006. Il n'est toujours accessible que par la mer.

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Informations pratiques

Localisation

29252 Plouezoc'h