
Château
Château Fort de Fleckenstein
Bas-Rhin, Grand Est
À propos de ce lieu
Dans la forêt des Vosges du Nord, un rocher de grès rose surgit des arbres comme la carène d'un navire retourné. Quatre-vingt-dix mètres de long, trente de hauteur, huit de large au sommet. Ce rocher vieux de deux cent quarante millions d'années ne porte pas un château, il est un château. Les bâtisseurs y ont taillé salles et escaliers, citernes et cachot, en creusant directement dans la masse pour en extraire les pierres qui construiraient les murs extérieurs. Fleckenstein est une forteresse semi-troglodytique : on y entre par le cœur même de la roche.
La première mention date de 1174. Cette année-là, Gottfried de Fleckenstein figure dans l'entourage de Frédéric Barberousse à Haguenau, l'un des empereurs les plus puissants du Moyen Âge l'a récompensé de sa loyauté en lui confiant ce rocher. La famille ne le lâchera pas. Six siècles entiers, de 1174 à 1720, les Fleckenstein administrent, agrandissent et embellissent leur forteresse au rythme de leur ascension sociale. Ils deviennent la famille la plus influente de Basse-Alsace, maîtres de six bailliages et de trente-cinq villages. En 1589, l'architecte strasbourgeois Daniel Specklin choisit Fleckenstein comme modèle pour son château idéal, le sommet théorique de l'art défensif médiéval.
Puis vient Louis XIV. L'Alsace passe à la France. Vauban évalue les forteresses de la région, décide quelles conserver et lesquelles abattre. Fleckenstein ne figure pas dans le programme de modernisation. En 1680, les soldats du général de Montclar se présentent sous les murs. Ils ne rencontrent aucune résistance. Le logis seigneurial est fait sauter à la poudre noire. La forteresse réputée imprenable pendant cinq siècles n'est pas prise, elle est abandonnée. La même année 1680, le dernier baron Henri-Jacques perd aussi sa femme et ses droits sur ses terres. En 1710, son fils unique se suicide. En 1720, Henri-Jacques meurt à son tour, dernier de la lignée.
Les ruines restent debout. Le romantisme les redécouvre au XIXe siècle. Classées monument historique en 1898. Dans la roche, on peut encore descendre dans le puits que la légende attribue au Diable, un inconnu trop habile, dit-on, qui creusait sans manger ni dormir, et qu'un baron dévot fit précipiter au fond en priant. L'eau remonta. On assure que le Diable y ricane encore.
Le grès est rose. Le château n'a aucune résistance. L'ennemi, c'est le temps.
Tags
châteauspectaculairemédiéval


