
Château
Château Fort de Rambures
Somme, Hauts-de-France
À propos de ce lieu
En 1412, David de Rambures, Grand Maître des Arbalétriers de France — la plus haute dignité militaire du royaume — pose les fondations d'un château entièrement en brique. Pas par fantaisie. Par calcul. La brique absorbe les boulets sans éclater, les murs convexes les dévient. Chaque courbe de cette forteresse du Vimeu est une réponse à l'artillerie naissante. C'est le premier château de France à tirer cette leçon dans la pierre. Mais David ne verra jamais son château achevé.
Le 25 octobre 1415, à Azincourt, David de Rambures tombe avec trois de ses quatre fils. Shakespeare s'en souviendra. Dans Henry V, écrit pour le Globe de Londres, un personnage porte son nom : Lord Rambures, the master of the cross-bows. Un seigneur picard de la Somme, immortalisé en anglais pour avoir perdu la bataille la plus humiliante de la chevalerie française.
André, le seul fils survivant, continue. Il est chassé de ses terres par le duc de Bourgogne, allié des Anglais. Il guerroie quand même. En 1429, il commande une compagnie aux côtés de Jeanne d'Arc au siège d'Orléans. Le château, lui, est confisqué par le roi Henri VI d'Angleterre. Un homme de troupe, resté fidèle à la France, le reprend par escalade et par surprise — le seul moyen de récupérer une forteresse dont on ne possède plus les clés. André rentre en 1436 après avoir versé trois mille livres de rançon. Le chantier reprend. Son fils Jacques achève le château en 1470 — cinquante-huit ans après que son grand-père en avait posé la première brique.
La forteresse tient. Contre Charles le Téméraire en 1472. Contre les guerres de Religion. Elle tient surtout grâce à Charles de Rambures, dit le Brave, qui sauve Henri IV à la bataille d'Ivry en 1590 en se jetant devant lui. Louis XIII s'en souviendra : quand Richelieu ordonne le démantèlement des châteaux féodaux pour briser la noblesse, Rambures est épargné. Seul le pont-levis est muré. La structure, elle, demeure intacte depuis le XVe siècle.
La même famille occupe ces terres depuis 1058. Vingt-cinq générations de la même lignée dans les mêmes murs. Aujourd'hui, les huit tours rondes se dressent toujours au-dessus du bocage picard, avec leurs murs bombés qui n'offrent aucune prise à l'impact.
Un château conçu pour résister à tout — et qui a tenu sa promesse.
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