Dolmen des Trois Pierres
Site archéologique

Dolmen des Trois Pierres

Loire-Atlantique, Pays de la Loire

À propos de ce lieu

Au cœur de Saint-Nazaire, entre la gare et les chantiers navals, à quatre cents mètres du port de la plus grande ville industrielle de la Loire-Atlantique, deux piliers de granit soutiennent une table de sept tonnes. Le dolmen des Trois Pierres a six mille ans. La ville, elle, a moins de deux siècles. La contradiction est totale, et elle est là, à l'intersection de la rue du Dolmen et de la rue du Menhir, deux voies qui ont pris leur nom du monument qu'elles encadrent, comme si la ville avait dû s'incliner. Quand Saint-Nazaire s'est agrandie au XIXe siècle, le dolmen se trouvait encore dans l'enceinte close du prieuré Saint-Jean-Baptiste. Les constructions sont venues. Le prieuré a disparu. Le dolmen est resté. Au Néolithique, ce promontoire n'était pas une ville. C'était la rive de l'estuaire de la Loire, à l'endroit précis où le fleuve s'ouvre sur la mer. Les hommes qui ont dressé ces deux orthostates de quatre mètres de haut, puis posé dessus une dalle de couverture de trois mètres quarante, connaissaient cette limite. Un dolmen trilithe de cette taille, ses dimensions rappellent les grandes constructions angevines, n'est pas un accident. C'est un choix. Le lieu commandait sans doute l'accès à l'estuaire, à la fois point de passage et seuil symbolique entre le monde des vivants et celui des morts, puisque les dolmens sont des sépultures collectives. Ce qui a survécu jusqu'à nos jours n'est qu'un fragment. En 1856, il subsistait encore des vestiges du tumulus côté ouest, la masse de terre et de pierres qui recouvrait originellement l'ensemble et le rendait invisible de l'extérieur. Tout a disparu depuis. En 1679, la première mention écrite du site figure dans la déclaration du seigneur de Marsaint : le prieur de Saint-Nazaire devait, la nuit de Noël, présenter sa redevance seigneuriale sur les pierres élevées dans l'île du Bois-Savary. Six mille ans après leur érection, les dalles néolithiques servaient encore de table contractuelle pour des obligations féodales. Le menhir qui se dresse aujourd'hui à quelques mètres du dolmen n'est pas à son emplacement d'origine. Il gisait couché depuis longtemps quand l'archéologue Marcel Baudouin le fit redresser en mai 1928, cinq tonnes de granulite remises debout, portant sur leur face orientale de petites cupules et des entailles dont personne n'a encore totalement élucidé le sens. Quatre autres blocs furent retrouvés lors de ces travaux. Deux ont disparu depuis. Saint-Nazaire fut bombardée à quatre-vingt-cinq pour cent en 1943 et 1944. Le dolmen a survécu. Classé monument historique dès 1889, il a traversé l'expansion industrielle, les guerres, la reconstruction, le béton. Six mille ans de rive, de marée et d'estuaire, debout dans une ville reconstruite de zéro.

Tags

dolmenprieurémonument historique

Informations pratiques

Localisation

Square du Dolmen, 44600 Saint-Nazaire