
Abbaye
Domaine départemental de l'Abbaye du Relec
Finistère, Bretagne
À propos de ce lieu
Sous les enduits des chapelles latérales, les ouvriers qui restauraient l'abbatiale ont mis au jour des fragments de fresques. Des couches de peinture superposées du XIIe au XVIIe siècle, comme un palimpseste de dévotion sur la pierre. Certains de ces pigments n'avaient pas été vus depuis des siècles. Au Relec, les murs gardent plus longtemps que la mémoire des hommes.
L'abbaye s'installe en 1132 dans la vallée du Queffleut, au pied des Monts d'Arrée. Les moines viennent de Bégard, première abbaye cistercienne de Bretagne, fondée deux ans plus tôt. Aucune charte de fondation n'a été conservée. Le premier acte connu date de 1184. Ce silence des archives dit quelque chose de la communauté elle-même : une poignée de cisterciens débarquant dans un endroit sans nom, sur des terres que personne ne voulait.
Les Monts d'Arrée sont à l'époque des landes, des bois, des marais. L'ordre de Cîteaux recherche exactement cela, les lieux les plus ingrats, les plus éloignés des villes, pour y construire une vie de prière et de travail manuel. La règle de 1134 est claire : la nourriture des moines doit provenir du travail de leurs mains. Ils défrichent, drainent, endiguent. Ils aménagent le cours du Queffleut avec des digues, deux étangs, des moulins. Ils louent les terres défrichées aux paysans selon un système original, la quévaise, qui garantit une certaine stabilité aux locataires et transmet le bail au dernier-né plutôt qu'à l'aîné. Ce retournement du droit d'aînesse dans une région pauvre crée des liens particuliers entre les moines et les familles : les abbés deviennent souvent tuteurs des enfants en bas âge, véritables pères de substitution pour des clans entiers des Monts d'Arrée.
Six siècles de présence cistercienne. Puis la Révolution confisque, disperse, laisse l'ensemble se dégrader progressivement. Du monastère complet, église, cloître, salle capitulaire, réfectoire, dortoir, hostellerie, il ne reste debout que l'abbatiale, la sacristie, quelques vestiges du cloître. Les étangs subsistent, la longue chaussée ombragée, les jardins ceints de douves destinées jadis à protéger les cultures des animaux errants. Une fontaine monumentale du XVIIIe siècle, obélisque de sept mètres planté au centre d'un bassin circulaire de granite, se dresse encore sur la place.
L'église, classée monument historique depuis 1914, est en croix latine. La nef du XIIe siècle conserve ses colonnes à chapiteaux géométriques, typiquement cisterciens, sobre, austère, sans ornement superflu. Le cloître du XIIIe siècle a livré ses nervures aux fouilles archéologiques menées de 2001 à 2006. Sous les dalles, les archéologues ont retrouvé les premiers aménagements du site, un moulin à roue horizontale, les canalisations primitives.
La pierre tombale de Conomor, comte légendaire de Cornouaille au VIe siècle, aurait été vue jusqu'au XIXe siècle au village voisin. Elle serait aujourd'hui enfouie quelque part autour de l'abbaye.
Les étangs miroitent. Le vent passe dans les grands arbres de la chaussée.
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