Château
Domaine départemental de Trévarez
Finistère, Bretagne
À propos de ce lieu
La porte a été primée au Grand Palais de Paris en 1903. Exposée dans les salons de l'Exposition, admirée, récompensée, puis transportée en Bretagne pour aller se planter à l'entrée d'un château encore en chantier. Le ferronnier Achille Busson avait forgé sans soudure ni alliage un entrelacement de volutes et de rosaces que le jury jugeait sans équivalent. Le château de Trévarez accueillit cette porte comme un prix avant même d'être fini.
James de Kerjégu avait commencé les travaux en 1893. Président du Conseil général du Finistère, diplomate formé en Amérique du Sud et en Europe centrale, homme des cercles aristocratiques parisiens, il voulait offrir à sa fille Françoise une demeure qui surpasse tout ce qui existait en Bretagne. L'architecte Walter-André Destailleur conçoit un château en kersantite et brique rouge, le "château rose" des Montagnes Noires, avec une charpente métallique pionnière cachée sous les maçonneries, des ascenseurs, le chauffage central, l'électricité, l'eau chaude dans chaque pièce. Dans les villages alentour, les gens s'éclairaient encore à la lampe à huile. Le canal de Nantes à Brest sert au transport des matériaux depuis toute la pointe bretonne.
En 1903, James passe commande d'une chambre et d'un cabinet de toilette à la galerie parisienne "L'Art nouveau" de Siegfried Bing. L'artiste Georges de Feure dessine l'ensemble, boiseries de frêne, carreaux de faïence, tissu couleur réséda. Trévarez est le seul château en France où subsiste aujourd'hui un ensemble décoratif complet de Georges de Feure dans son lieu d'origine. Un secret Art nouveau enfoui dans une façade néogothique.
James de Kerjégu meurt en 1908, un an après l'achèvement des travaux. Il n'a pratiquement pas habité ce qu'il avait mis quinze ans à construire. Sa fille Françoise prend possession des lieux, reçoit la noblesse européenne, organise des parties de chasse. Jusqu'en 1939.
En octobre 1939, le château abrite d'urgence les collections classées des musées du Pas-de-Calais, mises à l'abri de l'avance allemande. En juillet 1940, les sous-mariniers de la Kriegsmarine de Brest réquisitionnent les salons pour s'y reposer entre deux missions en mer. La Résistance observe. Le 30 juillet 1944, entre 8h13 et 8h17, des Mosquitos de la Royal Air Force lâchent huit bombes sur le château. Quatre minutes. L'aile ouest s'effondre. La charpente métallique, cette innovation que l'on avait moquée en 1893 — absorbe le choc et empêche l'effondrement total.
Le parc retourne à l'état sauvage. Les murs restent ouverts aux intempéries pendant cinquante ans. Ce qui n'a pas été détruit par les bombes sera mangé par l'humidité.
Le Conseil général rachète en 1968. La restauration commence. Les camélias, des milliers, refleurissent chaque printemps dans un parc de quatre-vingt-cinq hectares.
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