Forteresse de Largoët
Château

Forteresse de Largoët

Morbihan, Bretagne

À propos de ce lieu

Dans une forêt des landes de Lanvaux, à trois kilomètres du bourg d'Elven, un donjon octogonal de quarante-cinq mètres surgit au-dessus des frondaisons comme si quelqu'un l'avait oublié là. La forteresse de Largoët n'est pas en ruine par accident. Elle a été démontée pierre par pierre sur ordre du roi de France, et ce qu'il en reste est encore capable d'impressionner. Le site existe depuis au moins l'an 1020, possession des seigneurs d'Elven qui dominent alors un territoire s'étendant de la Vilaine jusqu'à Auray. Les Malestroit leur succèdent au XIIIe siècle et commencent à bâtir une forteresse digne de ce rang. La guerre de Succession de Bretagne déchire la place entre 1341 et 1364, les partis de Blois et de Montfort se l'arrachent tour à tour, avec la brutalité ordinaire des guerres civiles. La famille des Rieux en hérite finalement au XVe siècle. C'est sous les Rieux que Largoët connaît sa construction la plus ambitieuse et son moment d'histoire le plus inattendu. Jean IV de Rieux, maréchal de Bretagne et conseiller du duc François II, fait élever le donjon octogonal à la fin du XIVe siècle. Cinq étages planchéiés, des murs de six à neuf mètres d'épaisseur selon les endroits, deux escaliers en vis pris dans l'épaisseur même de la pierre, une chapelle au quatrième étage dont la baie à remplage flamboyant subsiste encore. La tour est résidence autant que forteresse, une démonstration de puissance en granit breton. En 1474, un jeune homme de dix-sept ans entre dans cette tour. Il s'appelle Henri Tudor, duc de Richmond. Il est l'héritier des Lancastre, en exil de la guerre des Deux-Roses qui déchire l'Angleterre. Le duc de Bretagne le protège, mais Jean IV de Rieux est chargé de l'héberger, ou plus exactement de le surveiller, dans ses murs de Largoët. Henri Tudor y reste dix-huit mois. Onze ans plus tard, en 1485, il remonte en Angleterre, écrase Richard III à Bosworth, et devient Henri VII, fondateur de la dynastie Tudor. Le premier étage du donjon est encore appelé la pièce où il séjourna. La chute arrive en 1488. À la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier, l'armée bretonne que commandait Jean IV de Rieux est défaite par Charles VIII. Le château est brûlé. Deux ans plus tard, le roi fait démanteler la forteresse. Anne de Bretagne, devenue duchesse et bientôt reine de France, ordonne une restauration partielle, mais Largoët ne retrouvera jamais sa pleine puissance. En 1656, Nicolas Fouquet, surintendant des finances de Louis XIV à l'apogée de sa fortune, achète les ruines avec 45 000 hectares de domaine. Il sera arrêté cinq ans plus tard. Le château passe à d'autres mains et ne les quitte plus, la même famille le possède depuis plus de trois siècles. Au XIXe siècle, l'administration veut détruire ce qui reste. Mérimée classe le donjon en 1862. Les tours ont tenu.

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Informations pratiques

Localisation

All. des Tours de l'Argoet, 56250 Elven