Forteresse de Polignac
Château

Forteresse de Polignac

Haute-Loire, Auvergne-Rhône-Alpes

À propos de ce lieu

Avant d'être une forteresse, c'était un oracle. Un masque de pierre représentant Apollon est encore conservé dans les caves — derrière lui, un prêtre prononçait les sentences divines, et des pèlerins remontaient des plaines du Velay pour interroger le rocher. Un Delphes en basalte, sur un dyke volcanique de Haute-Loire. Le rocher de Polignac surgit de la plaine à cent mètres de hauteur. Ce n'est pas une colline — c'est une cheminée volcanique dégagée par l'érosion, un cylindre de lave solidifiée dont le sommet plat, trois hectares entourés de falaises à pic, offre une plateforme que la nature semble avoir prévue pour qu'on y construise quelque chose d'imprenable. Les Gaulois le remarquent. Les Romains y installent leur sanctuaire. En 929, le premier acte mentionne le castrum Podianacus. Les vicomtes de Polignac sont déjà là depuis la fin du IXe siècle. Pendant six cents ans, cette famille tient le rocher et le Velay autour. Alliés des rois de France mais farouchement indépendants, ils se rebellent contre Louis VI puis contre Louis XI — ce dernier les emprisonne un temps et leur confisque la forteresse en 1467, avant de rendre les clés. En 1385, le vicomte Randon Armand X commence la construction du donjon carré : trente-deux mètres de basalte taillé, gravé d'une inscription latine à l'angle nord-ouest. Dans les caves, les ouvriers creusent un puits de quatre-vingt-trois mètres de profondeur dans le rocher pour garantir l'eau en cas de siège. En 1532, François Ier monte les pentes du dyke, reçu par une centaine de gentilshommes. La vue depuis le plateau stupéfie le roi. Il appelle les Polignac "rois des montagnes". Les guerres de Religion font du château le bastion royaliste face au Puy ligueur. Puis les Polignac préfèrent leur demeure de Lavoûte-sur-Loire et abandonnent le rocher. La Révolution arrive. Gabrielle de Polignac, favorite de Marie-Antoinette, émigre en Autriche puis en Russie. La forteresse est vendue comme bien national, pillée de ses pierres. Mérimée la classe dès 1840 — et le photographe Ernest Lacan prédit alors qu'elle disparaîtra bientôt comme les générations qui l'ont habitée. Il avait tort. En 1920, le comte Pierre de Polignac — descendant direct des rois des montagnes — épouse Charlotte Grimaldi, unique héritière de la principauté de Monaco. De leur union naît Rainier, dont le petit-fils Albert règne toujours sur Monaco. Le masque d'Apollon est dans les caves. Le puits descend à quatre-vingt-trois mètres. Le rocher ne bouge pas.

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Informations pratiques

Localisation

Pl. Princesse de Polignac, 43000 Polignac