Grottes de Lascaux
Site archéologique

Grottes de Lascaux

Dordogne, Nouvelle-Aquitaine

À propos de ce lieu

Le 12 septembre 1940, un chien disparaît dans un trou. Son maître, Marcel Ravidat, dix-sept ans, élargit l'ouverture et descend. Ce qu'il trouve au fond n'appartient plus au monde de l'adolescence. La grotte de Lascaux dort sous la colline de Montignac depuis vingt mille ans. Les parois n'ont pas attendu. Dans la salle des Taureaux, quatre aurochs gigantesques mènent la charge — les plus grands animaux peints du Paléolithique, certains dépassant cinq mètres de long. Chevaux en galop, cervidés au port royal, bisons massés, bouquetins à cornes courbes — près de six cents peintures et mille quatre cents gravures tapissent les voûtes et les couloirs d'un réseau qui s'enfonce dans la roche calcaire sur plus de deux cents mètres. Les artistes travaillaient à la lueur de lampes à graisse. Pour atteindre les plafonds hauts, ils ont transporté des troncs d'arbres dans la pénombre et construit des échafaudages de bois. Ils peignaient de mémoire — de retour de la chasse, ils restituaient le mouvement des bêtes avec une précision que l'oeil moderne reconnaît instantanément. Les pigments noirs viennent de l'oxyde de manganèse. La source la plus proche identifiée se trouve à deux cent cinquante kilomètres, dans les Pyrénées. Quelqu'un a fait ce voyage, ou a maintenu pendant des générations un réseau d'approvisionnement sur cette distance, pour que les aurochs de Lascaux aient leur couleur exacte. Au fond de la grotte, dans la zone la plus secrète et la plus difficile d'accès, un puits vertical plonge à cinq mètres de profondeur. Là, sur la paroi, se trouve la seule représentation humaine de toute la grotte : un homme à tête d'oiseau, renversé, les bras écartés à quatre doigts comme des serres. Face à lui, un bison blessé perd ses entrailles. À gauche, un rhinocéros s'éloigne tranquillement. Sur un bâton planté dans le sol, un autre oiseau monte la garde. Depuis 1940, philosophes, préhistoriens, astronomes et chamanes ont tenté d'expliquer cette image. Aucun n'y est parvenu. André Leroi-Gourhan pensait que la scène était peut-être un piège volontairement tendu aux interprètes trop sages. En 1948, la grotte ouvre au public. Mille deux cents visiteurs par jour. En quinze ans, la respiration humaine dépose assez de dioxyde de carbone pour que les peintures commencent à pâlir. En 1963, André Malraux ferme le site. Définitivement. La grotte n'a connu le regard du monde que pendant moins de vingt ans — et ce regard suffisait à la tuer. Un champignon inconnu de la science colonise les parois à partir des années 2000 ; les chercheurs lui donneront le nom de la grotte : Ochroconis lascauxensis. Aujourd'hui, seuls quelques scientifiques munis d'autorisations exceptionnelles pénètrent dans la grotte originale. Le reste de l'humanité visite des copies de plus en plus précises — et la vraie Lascaux continue de respirer seule, dans le noir, avec ses aurochs et son homme-oiseau dont personne ne connaît encore le nom.

Tags

préhistoiremystèrearchéologie

Informations pratiques

Localisation

24290 Montignac-Lascaux