
Île
Île-aux-Moines
Morbihan, Bretagne
À propos de ce lieu
Le cromlech de Kergonan porte un nom que les habitants de l'île n'utilisent pas, ils l'appellent le Cercle de l'Ankou, le cercle de la mort. Son axe principal est orienté à 126 degrés nord, aligné précisément sur le lever du soleil au solstice d'hiver. Ce n'est pas un hasard. Ce n'est jamais un hasard.
L'Île-aux-Moines est la plus grande île du golfe du Morbihan. Elle tire son nom breton, Enez Manac'h, d'une donation médiévale : le roi de Bretagne Erispoë l'offrit à l'abbaye de Redon au IXe siècle. Les moines ne s'y intéressèrent pas. L'île resta ce qu'elle avait toujours été, un morceau de terre habité, assailli, cultive, et couvert de pierres dressées depuis des millénaires.
Avant d'être une île, c'était une colline. Quand le Golfe du Morbihan n'était qu'une plaine traversée de cours d'eau, et le niveau de la mer sept mètres plus bas qu'aujourd'hui, les populations néolithiques occupaient ces hauteurs et y construisaient. La montée des eaux les a isolées. Douze des vingt-sept sites archéologiques recensés sur l'île sont datés du Néolithique.
Le cromlech de Kergonan est le plus grand cromlech de France, cent mètres de diamètre, soixante-dix de largeur, vingt-six menhirs encore debout disposés en fer à cheval ouvert au sud-est. Le plus grand d'entre eux, à l'extrémité nord, s'appelle le moine, sa forme évoque une silhouette encapuchonnée. Sa face porte deux cupules. Les archéologues pensent qu'il s'agit d'une stèle anthropomorphe, une présence humaine pétrifiée depuis sept mille ans. Un relevé minutieux de l'ensemble des pierres révèle que leur disposition dessine la forme de la déesse des mégalithes, la représentation en écusson que l'on retrouve sur d'autres monuments du golfe.
À l'autre bout de l'île, le dolmen de Penhap occupe l'extrémité d'un cairn qui mesurait jadis quatre-vingts mètres de long. Ce cairn contenait plusieurs tombes alignées sur un même axe, il n'en reste qu'un souvenir et quelques éléments épars. La dalle de couverture du dolmen mesure quatre mètres soixante-dix sur trois mètres quatre-vingts. Deux orthostates portent des gravures. Celui à l'entrée de la chambre présente sur son côté extérieur la représentation d'une balance.
Sur les rivages de l'anse du Guip, un chantier naval construit encore des bateaux en bois. Des sinagots, des cottes sardiniers, des voiliers traditionnels, comme si l'île refusait que certains savoir-faire meurent. Comme si chaque génération devait y laisser quelque chose de lourd et de debout.
L'île est accessible en quelques minutes de ferry depuis Port Blanc. Le Cercle de l'Ankou est à vingt minutes à pied du débarcadère.
Il attend depuis sept mille ans. Il peut attendre encore.
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