
Île
Île d'Arz
Morbihan, Bretagne
À propos de ce lieu
À vingt minutes de Vannes en bateau, posée dans le golfe du Morbihan comme une feuille sur l'eau, une île porte un nom qui signifie « ours » en breton. L'île d'Arz ne ressemble à aucune autre, et son histoire la moins connue est celle de ses femmes.
Le sol de l'île est travaillé depuis le Néolithique. Les dolmens de la pointe de Liouse en témoignent, trois chambres funéraires en ruine datant d'entre 5000 et 2500 avant notre ère. À l'époque où les Bretons débarquent au Ve siècle, l'île est encore reliée à la presqu'île de Rhuys, le niveau de la mer était plus bas, et l'on marchait d'une terre à l'autre. Puis les eaux montent. Arz devient une île. Les moines arrivent.
Dès le XIe siècle, deux prieurés se disputent les âmes et les terres d'Arz. L'abbaye de Saint-Gildas-de-Rhuys tient la moitié sud. En 1033, le duc Alain III donne la moitié nord à l'abbaye féminine Saint-Georges de Rennes. Deux communautés religieuses face à face, chacune avec ses moulins, ses tribunaux, ses droits de haute et basse justice. Les habitants multiplient les procès contre leurs seigneurs ecclésiastiques. L'île vit dans cette tension jusqu'à la Révolution de 1790, date à laquelle Arz devient enfin une commune ordinaire.
Mais c'est au XIXe siècle que l'île forge son caractère le plus singulier. Les hommes partent en mer, pas les pêches côtières, les grandes traversées. La marine de commerce recrute massivement sur l'île. Au sommet de la prospérité, cinquante-huit navires sont commandés par des capitaines originaires d'Arz : bricks, goélettes, lougres. Le tiers de la population adulte masculine parcourt les mers du globe. L'île se vide de ses hommes, parfois pendant des années.
Les femmes restent. Elles cultivent les petites parcelles, exploitent les salines, récoltent le varech, qui part vers les manufactures pour rembourrer les banquettes des trains, et élèvent les enfants. La société qu'elles organisent fonctionne sans elles en dépendre. Les curés de l'époque s'inquiètent de cette autonomie féminine. Les ildaraises s'en accommodent fort bien. L'île devient une société matriarcale de fait, gouvernée par des femmes qui ne se pensent pas ainsi, simplement présentes là où les hommes sont absents.
Le moulin à marée du Berno date du XVIe siècle. Il a tourné jusqu'en 1910, puis s'est effondré dans le silence de l'entre-deux-guerres. En 1994, quatre retraités de l'île le restaurent de leurs mains et le remettent en état de moudre. C'est aujourd'hui l'un des deux seuls moulins à marée en fonctionnement de Bretagne.
La digue du Berno avance sur l'eau, le moulin à son extrémité, un petit cimetière marin derrière lui. Au loin, l'île-aux-Moines. Plus loin, Gavrinis.
L'île d'Arz ne court pas après la gloire. Elle attend, dans les marées.
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