
Île
Île-de-Sein
Finistère, Bretagne
À propos de ce lieu
À huit kilomètres au large de la pointe du Raz, une ligne sombre affleure à peine au-dessus de l'Atlantique, pas même deux mètres en son point le plus haut. C'est assez pour une île. C'est assez pour une légende.
L'île de Sein s'étend sur cinquante-huit hectares, deux kilomètres de long, cinq cents mètres dans sa plus grande largeur. Elle est plate comme une main ouverte posée sur l'eau. Les marins bretons ont longtemps répété l'avertissement : qui voit Sein voit sa fin. Le raz de Sein, ce détroit aux courants violents et aux récifs innombrables qui sépare l'île du continent, a englouti des centaines de navires. L'île elle-même disparaît parfois sous les vagues hivernales. Les maisons sénanaises sont basses, les murs épais, les toitures lestées de pierres. On construit ici contre le vent depuis des millénaires.
Les premiers habitants arrivent avant le néolithique. Des menhirs témoignent de leur passage. En l'an 43, le géographe romain Pomponius Mela signale l'île sous le nom de Sena et note qu'elle est célèbre pour l'oracle d'une divinité gauloise. Neuf prêtresses, les Sènes, y auraient prêté serment de virginité éternelle. Elles pouvaient déchaîner les vents, calmer les tempêtes, connaître l'avenir, guérir par le seul toucher. Immortelles selon la légende, elles furent tuées comme sorcières au début du Ve siècle. Saint Gwénolé évangélise l'île dans la même période, le roi Gradlon de Cornouaille lui en fait don. La rupture entre le monde des prêtresses et celui du Christ s'est jouée ici, sur ce morceau de granit battu par l'océan.
La légende bretonne fait de l'île un vestige du royaume d'Ys englouti dans la baie d'Audierne. Ce qui a sombré là-bas, ce qui affleure ici. L'île serait ce qui reste.
Pendant des siècles, les Sénans vivent de la pêche et du sauvetage en mer. En 1824, une tempête catastrophique rasant la quasi-totalité des bâtiments laisse quatre cent soixante-cinq habitants sans logement. On se relève. On reconstruit. Le raz de Sein exige cela.
Puis vient juin 1940. Le général de Gaulle lance depuis Londres son appel à poursuivre le combat. L'île de Sein répond. En quelques jours, cent vingt-huit hommes quittent l'île pour rejoindre les Forces françaises libres en Angleterre, soit la quasi-totalité des hommes en âge de combattre, plus quelques jeunes gens de passage qui s'engagent eux aussi. Quand de Gaulle découvre leur origine, il aurait dit que l'île de Sein représentait à elle seule un quart de la France libre. L'île reçoit en 1946 la Croix de Compagnon de la Libération, l'une des cinq communes françaises à avoir reçu cette distinction. Derrière les femmes restées seules, le phare d'Ar Men continuait de briller à douze kilomètres vers le large, dans les ténèbres de la guerre.
L'île est là. Elle attend, comme elle a toujours attendu, les bateaux, les hommes, la mer.
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