
Île
Archipel des Glénan
Finistère, Bretagne
À propos de ce lieu
En 1803, un pharmacien de Quimper nommé Bonnemaison débarque sur l'île Saint-Nicolas et découvre une fleur blanche qu'il ne reconnaît pas. Elle ne pousse nulle part ailleurs sur terre. Nulle part. Ce narcisse à couronne allongée, presque blanc, quasi unique dans sa forme, ne se reproduit pas par division de bulbes comme ses cousins, il se reproduit par graines, ce qui le rend d'une fragilité absolue. Dans les années 1970, collectionneurs et bulbiculteurs pillent l'archipel. Il n'en reste que quelques milliers de pieds. Les derniers au monde.
Avant cette fleur, avant l'école de voile, avant les estivants, les Glénan étaient autre chose. Une colline émergée pendant la dernière glaciation, progressivement submergée par la montée des eaux. Le géographe Élisée Reclus l'écrit : si la mer se retirait, on retrouverait sous le plateau des Glénan une île de la taille de Groix. Ce que la mer a pris, elle n'a pas tout pris, des vestiges mégalithiques subsistent sur plusieurs îlots, preuves que des populations néolithiques vivaient ici quand tout cela était encore une seule terre.
À l'époque gallo-romaine, on exploite les ressources marines pour produire une teinture pourpre à partir de coquillages. Au XVIIIe siècle, les îles sont un repaire de corsaires et de pirates, la navigation dans l'archipel est périlleuse, les passes étroites, les récifs innombrables, le lieu idéal pour qui veut disparaître. Nicolas Fouquet achète l'archipel en 1658, à l'apogée de sa fortune, trois ans avant sa chute. Sur l'île du Loc'h, une usine à soude s'installe au XIXe siècle. On brûle les algues pour en extraire du carbonate de sodium. L'odeur devait être terrible.
Le fort Cigogne commence à sortir de terre en 1755 sur l'îlot central. Les travaux ne s'achèvent jamais. Déclassé en 1891, il devient observatoire météorologique jusqu'en 1940, puis les Allemands l'occupent quatre ans. Classé monument historique en 2013, il appartient aujourd'hui au Conservatoire du littoral.
Ce qui rend les Glénan si étranges visuellement, cette eau turquoise, ce sable d'une blancheur presque irréelle, n'est pas une illusion. Le fond est colonisé par le maërl, une algue rouge calcaire qui se décompose en particules blanches et filtre l'eau jusqu'à la transparence. Sans le maërl, les Glénan seraient une île de granit gris comme les autres.
En 1974, une réserve naturelle de un virgule cinq hectare est créée sur Saint-Nicolas, la plus petite réserve de France, pour sauver ce narcisse que personne d'autre n'a. En 2021, on compte deux cent soixante mille pieds.
La mer a pris la colline. La fleur est restée.
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