La Rigole d’Hilvern
Site naturel

La Rigole d’Hilvern

Côtes d'Armor / Morbihan, Bretagne

À propos de ce lieu

Il existe en Bretagne un cours d'eau de soixante-quatre kilomètres de long qui n'a jamais été une rivière. Personne ne l'a découvert. Des centaines d'hommes et de femmes l'ont creusé à la pelle et à la pioche, centimètre par centimètre, entre 1828 et 1838. Sa pente est de zéro virgule trois millimètres par mètre sur toute sa longueur, une régularité que la nature n'invente pas. La rigole d'Hilvern naît d'un problème de physique. Napoléon a décrété en 1811 la construction d'un canal reliant Nantes à Brest, trois cents soixante kilomètres de voie navigable traversant quatre bassins versants. Entre Rohan et Pontivy, il faut franchir une ligne de partage des eaux à cent vingt-neuf mètres d'altitude. À ce sommet, le bief d'Hilvern doit fonctionner cinquante-trois écluses, vingt-quatre vers l'Oust, vingt-neuf vers le Blavet. Chaque passage de bateau consomme des milliers de mètres cubes. Il faut une source d'eau permanente, constante, inépuisable. L'ingénieur en chef Lenglier identifie en 1824 l'étang de Bosméléac, près des sources de l'Oust, à cent quarante-neuf mètres d'altitude. Un barrage est construit. Il ne reste plus qu'à faire descendre l'eau de là-bas jusqu'ici, seize mètres de dénivelé sur soixante-quatre kilomètres, en suivant les courbes de niveau de la Bretagne centrale. Le tracé est fixé en 1828. Le chantier commence au printemps 1834. Six cents personnes creusent, terrassent, nivèlent, hommes libres, mal payés, en conflit permanent avec les propriétaires terriens qui ne comprennent pas pourquoi on passe dans leurs champs pour un canal qu'ils ne voient pas. La rigole est large de quatre mètres en surface, d'un mètre vingt à la base, profonde d'un mètre vingt. Les parois sont imperméabilisées à la terre végétale. En hiver 1836, on lâche l'eau pour la première fois. Elle s'épanche dans les champs voisins. L'ingénieur a commis une erreur d'étanchéité. Il faut tout reprendre, cette fois avec un corroi d'argile soigneusement appliqué sur les parois. Les travaux ne s'achèvent qu'à l'été 1838. La rigole fonctionne pendant près d'un siècle. Elle débite trente à trente-trois mille mètres cubes d'eau par jour. Des hêtres, des marronniers, des ormes sont plantés sur ses deux rives pour réduire l'évaporation et stabiliser les berges. Des maisons de barragistes ponctuent le tracé. Des braconniers y pêchent en secret. En 1923, le barrage de Guerlédan coupe le canal de Nantes à Brest en deux. La rigole devient inutile. Elle s'envase, se couvre de végétation, disparaît sous les ronces. En 1991, une station de pompage sur le Blavet prend le relais définitivement. Le chemin de service, lui, survit, réhabilité en voie verte depuis 2009, de Bosméléac jusqu'à Saint-Gonnery. Soixante-quatre kilomètres de forêt intérieure bretonne, tracés à la règle par des hommes qui voulaient que l'eau monte à la montagne.

Tags

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Informations pratiques

Localisation

Départ : Lac de Bosméléac > Arrivée : Hilvern, 56920 Saint-Gonnery

Exploré le

16 février 2026