La Roche aux Fées
Site archéologique

La Roche aux Fées

Ille-et-Vilaine, Bretagne

À propos de ce lieu

Les pierres qui composent la Roche aux Fées ne viennent pas du sous-sol d'Essé. Le terrain environnant est fait de schiste gris verdâtre, friable, inutilisable pour construire. Les quarante dalles du dolmen, elles, sont en grès pourpre et rougeâtre, une roche que l'on ne trouve qu'à un seul endroit dans toute la région : la forêt du Theil, à quatre kilomètres de là. Quatre kilomètres. Des blocs de quarante-cinq tonnes chacun. Cinq mille ans avant notre ère. Les hommes qui ont bâti ce monument ont choisi leur matériau, l'ont transporté, l'ont dressé. Personne ne sait encore exactement comment. C'est de cette ignorance que sont nées les fées. La légende dit que les fées, agacées par les hommes qui doutaient de leur existence, décidèrent de leur prouver leur présence en construisant le monument en une seule nuit, transportant les pierres dans leurs tabliers depuis la forêt du Theil. La fée Viviane en aurait pris la direction. Au matin, le dolmen était là. Personne ne pouvait expliquer autrement sa présence. La Roche aux Fées est le plus grand dolmen de France. Dix-neuf mètres cinquante de longueur, six mètres de largeur, deux mètres de hauteur intérieure, assez pour s'y tenir debout. Trente-trois orthostates portent huit dalles de couverture. Le poids total du monument approche les cinq cents tonnes. Il appartient à un type architectural rare en Bretagne, presque inexistant au nord de la Loire : le dolmen angevin à portique, proche des grandes allées couvertes de la région d'Angers. Encore une anomalie. Encore une question sans réponse. Son orientation n'est pas davantage fortuite. L'axe du couloir pointe vers le sud-est. Le 21 décembre, au solstice d'hiver, le soleil se lève exactement face à l'entrée. Ses rayons remontent l'allée entière et viennent frapper la pierre du fond, la même logique que Newgrange en Irlande, que certains cairns des Orcades. Une sépulture collective conçue pour s'ouvrir à la lumière une seule fois par an, au moment où la nuit est la plus longue. La Roche aux Fées figure parmi les mille premiers monuments historiques classés en France, en 1840. Elle est l'un des quatre premiers sites classés en Ille-et-Vilaine. Vers 1855, des touristes anglais en détériorent la pierre supérieure du trilithe d'entrée. Le monument était déjà devenu spectacle. Une tradition locale s'est perpétuée jusqu'à nos jours : les jeunes amoureux font le tour du dolmen dans des sens opposés en comptant les pierres chacun de leur côté. Quarante, quarante-et-une, quarante-deux, le chiffre change selon les jours, selon les promeneurs, selon la saison. S'ils tombent sur le même nombre, leur amour durera. Une prophétie bâtie sur le fait que personne ne s'accorde sur le nombre exact de dalles. La Roche aux Fées est une tombe. Elle a cinq mille ans. Elle n'a jamais cessé de poser des questions.

Tags

dolmenlégendenature

Informations pratiques

Localisation

35150 Essé