
Site archéologique
Vallée Troglodytique des Goupillières
Indre-et-Loire, Centre-Val de Loire
À propos de ce lieu
À cinq kilomètres du château d'Azay-le-Rideau — ce diamant posé sur l'Indre — une vallée creuse le silence. Personne ne la voit depuis la route. Elle ne se montre pas. On y descend, et là, dans l'épaisseur blanche du tuffeau, trois fermes entières attendent depuis le Xe siècle.
Le tuffeau, c'est le secret de la Loire. Cette pierre calcaire tendre, formée par des millions d'années de sédimentation marine, s'extrait à la main — facilement, proprement, en blocs réguliers. Elle a bâti les 210 châteaux de la région et les 780 églises. Mais elle a aussi nourri ceux qui la taillaient. Parce qu'en creusant, on libère une cavité. Et une cavité, pour qui n'a pas d'argent, c'est une maison.
Depuis le Xe siècle, des familles paysannes s'installent dans les coteaux des Goupillières. Elles n'ont que leurs bras. Alors elles creusent. La chambre d'abord, puis la pièce commune, puis le four à pain taillé dans la paroi, les niches pour ranger les outils, l'étable pour les bêtes, le silo à grains dans l'épaisseur de la roche. Neuf puys, neuf fours, neuf cheminées retrouvés dans ce vallon de deux hectares : neuf familles qui ont vécu là, plusieurs siècles durant, dans une organisation collective et silencieuse que les archives ont oubliée. La chaleur reste constante en hiver, la fraîcheur en été. Ces murs ne coûtent rien et ne tombent pas.
La guerre de Cent Ans passe par là. Les pillards remontent les vallées de Touraine. Alors quelqu'un creuse plus profond encore, plus loin sous la roche — un souterrain-refuge à 1,40 mètre de hauteur, assez bas pour se cacher, assez grand pour tenir plusieurs jours à l'abri. La Société archéologique de Touraine l'a répertorié : c'est le 53e et dernier souterrain-refuge connu à ce jour en Val de Loire. Trouvé en 1984 dans les ronces, par un homme qui débroussaillait sa propriété. Son père avait acheté le terrain vingt ans plus tôt pour y planter des pommiers, sans se douter de rien.
Les derniers habitants quittent la vallée en 1910. Un siècle de broussailles recouvre tout. Les objets restent à leurs places. Les marques d'outils restent dans les parois. Les traces de suie des cheminées restent au plafond. Quand le site est lentement rendu à la lumière à partir des années 1980, rien n'a vraiment bougé depuis.
Ce que les Goupillières racontent, c'est l'envers exact des châteaux. Les mêmes mains ont taillé la pierre des deux côtés : ceux qui vivaient dedans, et ceux qui construisaient dehors. Les tours d'Azay-le-Rideau brillent à cinq kilomètres d'ici.
Aux Goupillières, on comprend à quel prix.
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Informations pratiques
Localisation
Route d'Artannes, Lieu-dit Les Goupillières, 37190 Azay-le-Rideau


