
Château
Château de Beynac
Dordogne, Nouvelle-Aquitaine
À propos de ce lieu
À 150 mètres au-dessus de la Dordogne, planté sur son piton de calcaire comme une dent dans la falaise, Beynac ne demande pas à être trouvé. Il se voit de partout. Depuis le fleuve, depuis les vignes, depuis le château ennemi qui lui fait face sur la rive opposée. Neuf siècles qu'il surveille la vallée sans ciller.
Ce que peu de gens savent : les cendres de Lucien Grosso et de son épouse Denise reposent dans l'oratoire du château. Cet homme, qui avait fait fortune dans les casinos de Marseille et d'Abidjan, achète Beynac aux enchères en 1962 pour 170 000 francs — une épave. Il y consacre le reste de sa vie, meurt à 98 ans en 2008, et lègue la forteresse à un passionné de patrimoine avec une seule condition : continuer. La restauration prévue court jusqu'en 2060. Beynac n'a pas fini d'être sauvé.
Mais revenons au début. Le château naît au XIIe siècle, quand les barons de Beynac comprennent que tenir ce rocher, c'est tenir la vallée. La Dordogne est une route commerciale majeure — noix, châtaignes, vin du Périgord descendent vers Bordeaux sur des bateaux à fond plat. Qui contrôle le fleuve contrôle la richesse. En 1194, Adhémar de Beynac meurt sans héritier. Richard Cœur de Lion, duc d'Aquitaine par sa mère Aliénor, hérite du fief et l'offre à son routier le plus fidèle, Mercadier. Mercadier sera assassiné à Bordeaux en 1200. Le château revient aux Beynac.
Répit bref. En novembre 1214, Simon de Montfort descend du nord avec ses croisés, en guerre contre les cathares et contre quiconque soutient le comte de Toulouse. Il s'empare de Beynac et fait démanteler le donjon. Il repart. Il mourra quatre ans plus tard sous les remparts de Toulouse, écrasé par une pierre que des femmes, dit-on, manœuvraient depuis les murailles. Les seigneurs de Beynac reconstruisent alors plus grand, plus épais, plus haut. La double enceinte, la double douve, la double barbacane : pour entrer dans Beynac par le côté plateau, il fallait franchir autant d'obstacles que dans n'importe quelle forteresse d'Europe.
Pendant la guerre de Cent Ans, la Dordogne devient une frontière. Beynac tient pour la France. En face, à quelques centaines de mètres à vol d'oiseau, le château de Castelnaud tient pour les Anglais. Les deux forteresses se regardent, s'affrontent, passent de main en main au rythme des traités et des trahisons. En 1442, Pons de Beynac prend Castelnaud après trois semaines de siège. Un règlement de comptes de deux siècles.
Beynac traverse ensuite les guerres de Religion — la famille se fait huguenote — puis s'endort sous les Beaumont au XVIIIe siècle. Dans l'oratoire attenant à la salle des États, les fresques du XVe siècle attendent : une Pietà, une Cène où saint Martial fait office de maître d'hôtel. Elles n'ont pas bougé.
Beynac est le château que l'histoire n'a jamais vraiment lâché. Et qui ne l'a jamais lâchée non plus.
Tags
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Informations pratiques
Localisation
Le Château de Beynac, Place du château, 24220 Beynac-et-Cazenac


