
Site archéologique
Les Landes de Cojoux - Mégalithes
Ille-et-Vilaine, Bretagne
À propos de ce lieu
Ce sont les incendies qui ont révélé les morts. En 1976, un feu de lande embrase Saint-Just et dévore la couverture végétale sur des hectares entiers. Quand la fumée se dissipe, les archéologues découvrent ce que la bruyère et les ajoncs cachaient depuis des millénaires : des menhirs couchés, des tertres invisibles, des alignements que personne n'avait jamais cartographiés. La destruction a mis au jour l'un des plus grands sanctuaires préhistoriques de Bretagne.
Les landes de Cojoux s'étendent sur une crête de schiste mauve et de grès qui domine doucement le pays de Redon, entre Oust et Vilaine. La crête est orientée est-ouest, direction du soleil levant au soleil couchant, et cette orientation n'est pas un hasard. Pendant plus de trois mille ans, entre 5000 et 2000 avant notre ère, des populations néolithiques puis de l'Âge du Bronze ont choisi cette ligne de crête pour leurs morts, leurs rites et leurs dieux. Tertres tumulaires, dolmens à couloir, dolmens à cabinets latéraux, cairns, alignements de menhirs, enceintes, presque toutes les formes connues du mégalithisme européen coexistent ici sur six kilomètres de lande. Nulle part ailleurs en Europe on ne trouve cette densité et cette diversité réunies sur un seul plateau.
Les Alignements du Moulin de Cojoux comptent parmi les structures les plus anciennes. Leurs menhirs, certains en quartz blanc étincelant, d'autres en schiste sombre, datent de 4500 ans avant notre ère. Les fouilles menées entre 1978 et 1981 après l'incendie ont montré que ces alignements avaient été utilisés et réaménagés sur plus de deux millénaires, une continuité rituelle vertigineuse. Non loin, le Château Bû est un tumulus à dolmen central dont les fouilles de 1991-1993 ont révélé, enfouies dans ses flancs, deux sépultures de l'Âge du Bronze, des morts plus récents glissés dans un monument plus ancien, comme si les vivants cherchaient à s'abriter sous l'autorité de leurs ancêtres.
Les Demoiselles de Cojoux, deux menhirs dressés à l'écart, portent leur légende : deux jeunes filles changées en pierre pour être allées danser au lieu d'assister à l'office du soir. La légende est chrétienne. Les pierres, elles, sont néolithiques. Le christianisme a récupéré les menhirs comme il a récupéré les collines sacrées, les sources et les forêts. Mais la pierre résiste mieux aux réinterprétations que les noms qu'on lui donne.
En 1989, un second incendie. En 2009, un troisième. Chaque fois, la végétation disparaît. Chaque fois, de nouveaux monuments apparaissent. La lande brûle et dit la vérité.
Les landes de Cojoux sont le deuxième site mégalithique de Bretagne après Carnac, plus discret, moins connu, plus sauvage. Le schiste mauve affleure entre les touffes d'ajoncs. Le vent passe sans obstacle sur la crête.
Ici, les pierres n'ont pas attendu qu'on les cherche. Elles ont attendu le feu.
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