
Château
Manoir de Donville
Manche, Normandie
À propos de ce lieu
Manoir de Donville
Dans les marais du Cotentin, à quelques kilomètres de Carentan, se dresse un manoir que peu de voyageurs connaissent. Et pourtant, ses murs ont absorbé mille ans d'histoire — des premières chartes normandes jusqu'aux combats les plus violents de la Libération de 1944.
Le manoir de Donville, à Méautis, est une anomalie architecturale autant qu'une singularité historique. Il est construit en bauge — une technique de construction ancienne utilisant la terre crue mélangée à de la paille —, ce qui en fait aujourd'hui le seul édifice en bauge protégé par les Monuments Historiques en France. Une distinction rare, presque secrète.
Les traces écrites du lieu remontent à 1079. Une charte rédigée en latin nous apprend que Robert de Méautis, seigneur du lieu, donne le droit de patronage de la chapelle de Donville à l'abbaye Saint-Étienne de Caen, fondée par Guillaume le Conquérant. La donation est confirmée en 1088 par Richard, roi d'Angleterre et duc de Normandie. Mais le site est plus ancien encore : des pièces romaines en bronze découvertes en 1842 et des vestiges de fortifications gallo-romaines attestent d'une occupation bien antérieure au Moyen Âge.
Pendant des siècles, le domaine appartient à des familles aristocratiques puissantes du nord Cotentin. Après les de Méautis, ce sont les Osbert qui tiennent Donville à partir du XIIIe siècle — une famille normande turbulente, perpétuellement en procès avec les abbés de Caen pour le contrôle de la chapelle, au point de dérober les archives du lieu pour effacer les preuves de leurs dettes. Le dernier Osbert meurt ruiné en 1727, sans descendance. Le domaine est saisi et vendu aux enchères.
C'est un riche fermier de la région, Louis Gislot, qui en devient propriétaire en 1770. Premier roturier à posséder Donville, il décide de l'agrandir et de le transformer en demeure de plaisance. En 1778, sous Louis XVI, le manoir prend la physionomie qu'on lui connaît : façade de style Louis XV longue d'une quarantaine de mètres, charpente de marine en orme réalisée par un compagnon charpentier, cheminées en marbre, boiseries intérieures soignées, cour d'honneur encadrée de bâtiments en bauge. Un raffinement discret, loin des fastes versaillais, mais d'une authenticité remarquable.
Puis vient juin 1944. Du 12 au 17 juin, quelques jours après le Débarquement, la 17e division SS Panzer-Grenadier installe son poste de commandement au manoir. Les parachutistes de la 101e Division américaine contre-attaquent. La ravine menant au domaine devient un couloir de mort. La bataille de Bloody Gulch — la ravine sanglante — restera dans les mémoires comme l'un des affrontements les plus brutaux du Cotentin. Dans le cimetière de la chapelle, en face du manoir, reposent encore trois civils fusillés par les Allemands. Douze tonnes de munitions seront retrouvées aux alentours après guerre.
En 1999, de nouveaux propriétaires rachètent le manoir à l'état de ruine et le ressuscitent pierre par pierre. Les balles sont encore dans les murs.
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