
Île
Ouessant
Finistère, Bretagne
À propos de ce lieu
Il existe à Ouessant un monument funèbre dans le cimetière de Lampaul, sur lequel une inscription dit : Ici nous déposons les croix de proëlla en souvenir des marins morts loin du pays, dans les guerres, les maladies et les naufrages. Ces croix ne représentent pas des tombes. Elles représentent des corps que la mer n'a jamais rendus.
L'île est à vingt kilomètres de la côte du Finistère. Huit kilomètres de long, quatre de large. Le passage du Fromveur qui la sépare de l'archipel de Molène atteint huit à dix nœuds de courant sur soixante mètres de profondeur, l'une des passes les plus dangereuses d'Europe. Le proverbe résume tout : Qui voit Ouessant voit son sang. Ce n'est pas une île qui accueille. C'est une île qui retient.
Pendant des siècles, les hommes d'Ouessant embarquaient, dans la marine royale, dans la marine marchande, pour la pêche à Terre-Neuve. Ils partaient des mois, des années. Beaucoup ne revenaient pas. L'île se retrouvait peuplée de femmes, d'enfants et de vieillards. Ce sont les femmes qui travaillaient les terres, élevaient les moutons à laine noire, géraient les troupeaux et les maisons. Ce sont elles qui, à l'annonce d'une mort en mer, fabriquaient la croix de cire blanche, la proëlla, qu'on posait sur une serviette au centre de la table, entourée de cierges, à la place où aurait dû se trouver le corps. Le curé venait chercher la croix le lendemain. On la conduisait à l'église comme un cercueil. Puis on la déposait dans un coffret, qu'on portait au cimetière lors des grandes missions épiscopales, tous les dix ans environ.
Ce rite est attesté depuis 1734. Pour la seule période 1734-1792, deux cent quatre-vingt-dix-huit proëlla furent célébrées. Deux cent soixante-six pour des marins morts au service du roi. Trente-deux pour des marins marchands, des corsaires, des pêcheurs. La pratique a perduré jusqu'en 1962, elle disparaît au moment où les jeunes commencent à quitter l'île.
Vauban construisit en 1702 le premier phare du Stiff, du côté est, pour protéger les bateaux cherchant refuge dans la baie. Le phare du Créac'h, allumé en 1863 en façade atlantique, est aujourd'hui l'un des plus puissants du monde avec une portée de soixante kilomètres, ses faisceaux noirs et blancs balaient la nuit à quarante tours par minute. La Jument, rocher au sud où un gardien fut photographié en 1989 happé par une vague gigantesque et miraculeusement survécu, porte un phare rouge depuis 1911. Il aura fallu douze ans pour le construire.
Les landes sont habitées par des moutons à laine noire, une race menacée sauvegardée par l'île. La population est passée de deux mille huit cents habitants à la fin du XIXe siècle à moins de neuf cents aujourd'hui.
Dans le cimetière de Lampaul, il y a des noms gravés sur les pierres, presque tous des noms de femmes.
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