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Palais de Justice de Rouen
Seine-Maritime, Normandie
À propos de ce lieu
En août 1976, des ouvriers dépavant la cour d'honneur du Palais de Justice de Rouen frappent quelque chose de dur sous leurs outils. Ils dégagent des murs. Des murs épais de deux mètres, conservés sur plusieurs assises, ornés d'une inscription en hébreu tirée du Livre des Rois : Que cette maison soit (toujours) sublime. Deux bases de colonnes portent un lion de Juda sculpté, deux lions couchés sur le dos réunis à une seule tête, et l'esquisse d'un dragon. Sous le plus grand monument Renaissance de Normandie, on venait de découvrir ce qui pourrait être la plus ancienne synagogue d'Europe occidentale, ou la seule yeshiva médiévale conservée au monde. Le débat entre spécialistes n'est pas tranché. La maison sublime attend.
Elle date de 1100. Elle se trouvait alors au cœur du Clos aux juifs, ce quartier de Rouen où une communauté intellectuelle extraordinaire prospérait depuis le Xe siècle. Rouen était alors Rodom dans les manuscrits hébreux, une ville de savoir talmudique intense, un foyer de culture juive que Norman Golb, professeur à l'université de Chicago, a sorti de l'oubli dans les années 1970 en étudiant les textes médiévaux. Des rabbins y enseignaient, des copistes y travaillaient, des textes s'y produisaient qui allaient circuler dans tout le monde juif ashkénaze. Tout cela disparaît en 1306 quand Philippe le Bel expulse les Juifs de France. Le quartier est rasé. La mémoire s'efface. Il ne reste que des noms de rues, la rue aux Juifs, et deux mètres de murs sous les pavés d'une cour d'honneur.
Le Palais de Justice lui-même est construit entre 1499 et 1507, à l'emplacement exact de l'ancien Échiquier de Normandie, la haute cour de justice normande héritée des ducs. La façade sur rue est gothique flamboyant tardif, d'une dentelle de pierre dont la complexité rivalise avec les plus grands chantiers de la fin du XVe siècle. Derrière, des salles voûtées du XVIe siècle, des escaliers à vis, des boiseries d'apparat. Le bâtiment sert de palais de justice depuis sa construction, ininterrompu, cinq siècles et demi de procédures judiciaires dans les mêmes murs.
Le 26 août 1944, un bombardement allié frappe le centre de Rouen. Le Palais de Justice est touché. Les trous d'éclats dans la pierre de taille sont restés ouverts pendant des décennies, et depuis quelques années, des visiteurs peuvent contribuer symboliquement à leur rebouchage avec des briques de Lego, une initiative participative à la mémoire du bombardement.
La Maison sublime est visitable lors des Journées du Patrimoine, dans une crypte discrète sous la cour.
Deux mètres sous les dalles de justice, une inscription hébraïque tient sa promesse depuis neuf cent vingt-cinq ans.
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