
Château
Parc naturel régional du Perche
Orne / Eure-et-Loir, Centre-Val de Loire / Normandie
À propos de ce lieu
Le nom du Perche vient du latin Saltus Perticus, la forêt aux grands arbres perchés. Avant d'être un territoire, c'était une forêt presque impénétrable, une masse sombre entre Normandie, Maine et Beauce que personne n'avait vraiment réussi à dompter. Ce mystère de fond perdure. Le Perche garde quelque chose d'opaque, de ramassé sur lui-même, que même l'autoroute A11 qui le frôle par le sud n'a jamais entamé.
Le comté du Perche naît au Xe siècle autour de Mortagne, premier ancêtre d'une principauté gouvernée par les comtes Rotrou, famille guerrière, croisée, alliée tour à tour aux rois de France et d'Angleterre selon les vents de la politique médiévale. C'est l'un d'eux, Rotrou, qui ramène de croisade des étalons arabes qu'il croise avec les juments percheronnes. De ce mélange naît le cheval percheron, massif, endurant, doux, qui portera le nom de sa province jusqu'aux deux Amériques et au Japon. Au XIXe siècle, vingt mille percherons tiraient les omnibus de Paris. Aujourd'hui, quelques milliers pâturent encore dans les prés bocagers d'où ils viennent.
La Guerre de Cent Ans dévaste la province. Après la désolation, la Renaissance reconstruit, avec une générosité architecturale étonnante pour un territoire rural. Près de cinq cents manoirs fleurissent entre le XVe et le XVIIe siècle sur les collines boisées. Ce n'est pas des châteaux : le manoir percheron est un logis seigneurial adossé à une exploitation agricole, escalier à vis planté au milieu de la façade, enduit ocre sur pierre calcaire, tourelles asymétriques nichées dans les coudes de vallons humides. Il en subsiste une centaine. Presque chaque village en possède un.
En 1634, quelque chose de discret et de fondateur se produit à Tourouvre, bourg du Perche dans l'actuel département de l'Orne. Un apothicaire nommé Robert Giffard embarque sur l'Atlantique avec une poignée de familles percheronnes à destination de la Nouvelle-France. Il les a recrutées dans un corridor de soixante-dix kilomètres autour de Mortagne et Tourouvre. En tout, entre 1634 et le début du XVIIIe siècle, environ trois cents Percherons traverseront l'Atlantique. Le géographe Élisée Reclus décrira Tourouvre comme le lieu d'Europe qui a contribué, pour la plus grande part, au peuplement du Nouveau Monde. On estime aujourd'hui qu'un Canadien francophone sur cinq descend directement de ces quelques centaines de paysans percherons. Parmi leurs noms figurent Tremblay, Boucher, Mercier, Gagnon, noms courants au Québec depuis quatre siècles.
Le parc naturel régional, créé en 1998, protège 200 000 hectares de bocages, de forêts de hêtres et de chênes, d'étangs brumeux le matin, de prairies grasses sous les pommiers à cidre. Ses manoirs restent pour la plupart des maisons habitées, non des musées. Le Perche vit à l'intérieur de lui-même.
Ici, la Normandie et le Centre-Val de Loire se touchent sans vraiment se mélanger, et le résultat est un pays à part, que seule la forêt a toujours su garder.
Tags
natureparc naturelforêt
Informations pratiques
Localisation
Nocé Maison du Parc, Courboyer, 61340 Perche en Nocé


