
Château
Parc Zoologique & Château de la Bourbansais
Ille-et-Vilaine, Bretagne
À propos de ce lieu
À deux pas de la grande salle de La Bourbansais, le château est construit sur un fundus gallo-romain, un vaste quadrilatère de soixante-dix hectares, encore lisible sur les photographies aériennes, que les Romains avaient drainé et mis en culture deux mille ans plus tôt. Sous les fondations du château, des pièces de monnaie romaines et un statère d'or de la tribu des Riedones. La noblesse bretagne a bâti sur la mémoire de Rome sans le savoir, ou peut-être avec une très grande discrétion.
Le nom lui-même vient du gaulois borva, la bourbe, la boue des marais que les Romains avaient asséchés. En 1583, le duché de Bretagne vient d'être rattaché au royaume de France depuis cinquante ans à peine. Jean du Breil, seigneur de La Colombière, rachète le domaine et fait construire une demeure d'agrément, non plus une forteresse, mais une maison. La façade sud s'élève avec ses tourelles à dômes et campaniles, ses gerbières ornées de sculptures romaines qui y restent encore. L'époque veut de la grâce, pas de la défense.
Un siècle plus tard, les Huart s'installent, trois générations successives de conseillers au Parlement de Bretagne, qui vont faire de La Bourbansais leur chef-d'œuvre discret. En 1745, les travaux d'aménagement intérieur commencent. Un ébéniste du nom de Mancel est engagé. Il travaille quinze ans. Son chef-d'œuvre est le petit salon bleu, boiseries, mobilier, appliques en tôle dorée et fleurs de Saxe, tout resté dans son état d'origine depuis plus de deux siècles et demi. Les Huart font également tracer le jardin à la française, les parterres de buis, l'orangerie, la statuaire mythologique de 1756. Tout cela ensemble tient du siècle des Lumières dans ce qu'il avait de plus raffiné.
Le 17 mai 1793, des révolutionnaires arrivent au château pour collecter du linge et des matelas destinés à faire de la charpie pour les hôpitaux. Ils allument un incendie. Le lustre central du petit salon bleu est détruit. Le reste tient. Le château n'est pas saisi, pas vendu, pas démembré. Les propriétaires restent.
La Bourbansais n'a jamais été vendue. Depuis Jean du Breil en 1583, dix-neuf générations successives se sont transmis le domaine. Tous les ancêtres d'Olivier de Lorgeril, propriétaire actuel, sont enterrés dans la chapelle du château. La Compagnie des Indes y a laissé des traces dans les collections. Des officiers de la Marine royale aussi. En 1963, les grands-parents de l'actuel propriétaire créent le premier zoo de Bretagne dans le parc, une girafe rapportée d'Afrique par une grand-tante fut le premier habitant.
Dix-neuf générations, deux mille ans sous les fondations, un ébéniste qui travailla quinze ans pour une seule pièce.
La Bourbansais n'est pas seulement un château. C'est un endroit où le temps s'est arrêté par décision.
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