
Site archéologique
Ruines de Champlieu
Oise, Hauts-de-France
À propos de ce lieu
Sur un plateau battu par le vent, à la lisière de la forêt de Compiègne, un théâtre de pierre attend depuis deux mille ans. Pas de musée autour. Pas de grilles. Le ciel seul au-dessus des gradins.
Les Suessions occupaient ces terres avant Rome. Quand les légions arrivent, un chemin préexistant traverse déjà ce plateau — la future chaussée Brunehaut, reliant Senlis à Soissons. Rome ne le détourne pas. Elle le conserve, preuve que l'agglomération qu'il dessert compte déjà. Au Ier siècle de notre ère, un premier sanctuaire en bois s'élève à l'emplacement d'un culte pré-romain plus ancien encore — des objets rituels gaulois l'attestent. Ce sanctuaire en bois est remplacé par un temple de pierre. Puis ce temple est lui-même remplacé par un second, plus grand, sur podium. Sept siècles de sacré superposés au même endroit, strate après strate, comme si la terre elle-même imposait ce lieu.
Au IIe siècle, la ville se dote de ses trois monuments : le théâtre, soixante-et-onze mètres de diamètre, trois mille places sur des gradins de terre consolidée ; les thermes, cinquante-trois mètres de long avec leur succession de salles froides, tièdes et brûlantes ; le temple, vingt-deux mètres de côté, entouré de colonnes décorées de feuilles — pas cannelées comme dans les temples du Midi, mais feuillagées, à la mode gauloise, façon de rappeler que Rome n'avait pas tout effacé. Puis la ville disparaît. Au IIIe siècle les pillages germaniques vident le plateau. Les habitants s'en vont. La pierre reste.
En octobre 1857, Napoléon III visite le site en personne, accompagné de Mérimée et de Viollet-le-Duc. Ce dernier prend la direction des fouilles, dégage entièrement le temple et le théâtre. Il restaure même les gradins pour y donner des représentations de pièces antiques — comme si l'architecte du Second Empire voulait remettre la ville en service. Les 130 blocs sculptés partent au musée Vivenel de Compiègne. Ce qui reste sur place est volé. Après la mort de Viollet-le-Duc, le site est abandonné cinquante ans. Puis pillé méthodiquement à partir des années 1980 avec les premiers détecteurs de métaux à grande diffusion. Champlieu devient l'un des sites archéologiques les plus dévalisés de France.
Sous les champs qui entourent le site, la ville entière attend toujours. Les limites de l'agglomération ne sont pas connues. Entre les ruines gallo-romaines et la chapelle romane voisine, trois cents tombes mérovingiennes dorment à quelques mètres sous terre.
Le théâtre est là, vide, ouvert sur le ciel. On peut y entrer librement, s'asseoir là où les Gaulois romanisés s'asseyaient, et écouter.
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