
Site archéologique
Sanctuaire Gallo-Romain des Vaux de la Celle
Val-d'Oise, Île-de-France
À propos de ce lieu
Pendant des siècles, les habitants de Genainville ont appelé les ruines au fond de leur vallon le "Château-Bicêtre", croyant marcher sur les restes d'un château médiéval. Ce n'est qu'en 1935 qu'un architecte parisien, Pierre Orième, s'attaque aux ronces et découvre autre chose : un sanctuaire gallo-romain enfou parmi les aulnes et les herbes du ru de Genainville, l'un des plus importants vestiges antiques de l'ouest francilien.
Le lieu était sacré bien avant les Romains. Au fond de ce vallon humide du Vexin, une source gauloise attirait déjà les fidèles. Un fanum, temple de bois ou de terre, s'y dressait aux premiers siècles de notre ère. Puis Rome arrive, et avec elle la pierre, la symétrie, la monumentalité. Le sanctuaire est reconstruit au IIe siècle. Un théâtre de cent dix mètres de diamètre capte entre huit et dix mille spectateurs. Une voie sacrée dallée mène au temple. Un nymphée aux trois bassins honore les eaux. Une agglomération entière, rues tracées en grille, maisons, boutiques, s'organise autour du complexe sacré sur cinq hectares au moins.
Au cœur du dispositif, un temple unique en France : deux salles de culte côte à côte, deux cellæ adossées l'une à l'autre. Dans l'une, les archéologues ont retrouvé les fondations du fanum gaulois originel. Dans l'autre, des inscriptions sur bronze mentionnent Mercure et Rosmerta, sa parèdre gauloise, déesse de la fertilité et de l'abondance. Le syncrétisme gallo-romain lisible dans la maçonnerie même.
Puis le vallon trahit ses habitants. Dans la première moitié du IIIe siècle, la nappe phréatique monte brusquement. Les fondations s'humidifient, les murs se fissurent, le sanctuaire est abandonné. Les gens récupèrent les pierres. Des sarcophages mérovingiens en cours de taille, façonnés à même les blocs récupérés sur le temple, ont été retrouvés sur place. La mémoire du lieu s'efface si bien qu'au Moyen Âge on ne sait plus ce que c'était.
Le site ne livre pas tous ses secrets. On ignore encore le nom de l'agglomération qui entourait le sanctuaire, ses limites, son statut. Aucune inscription ne l'identifie. Les nécropoles qui devaient en marquer les bords restent introuvables. Chaque été, des étudiants en archéologie creusent dans ce sol gorgé d'eau, et la nappe phréatique continue de monter.
Le vallon est toujours là, boisé, parcouru d'un ruisseau, et sous les herbes, une ville sans nom attend.
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