
Site archéologique
Site Archéologique de Gisacum
Eure, Normandie
À propos de ce lieu
Sur un plateau sans une seule source, sans ruisseau, sans nappe accessible, les Aulerques Éburovices décidèrent au Ier siècle de notre ère de construire l'une des plus grandes villes-sanctuaires de toute la Gaule. Deux cent cinquante hectares. Des temples de vingt-sept mètres de haut. Un théâtre capable d'accueillir dix mille spectateurs. Et pour tout cela, pas une goutte d'eau sur place — la nappe phréatique affleurant à soixante-dix mètres de profondeur. Qu'à cela ne tienne : ils creusèrent un aqueduc de vingt-sept kilomètres, en grande partie souterrain, pour aller capter l'eau dans la vallée de l'Iton et la ramener jusqu'ici, dans des tuyaux de plomb qui se divisaient à l'entrée de la ville pour alimenter chaque monument public et chaque maison.
Gisacum n'était pas une ville ordinaire. Elle n'était pas une capitale administrative — Évreux, à six kilomètres, jouait ce rôle. C'était autre chose : un lieu de convergence religieuse pour tout un peuple, organisé autour d'un grand sanctuaire dédié à une triade divine dont on connaît Apollon Gisacus et Jupiter, mais dont la troisième divinité reste inconnue. L'urbanisme du site est unique dans le monde romain : les habitations étaient toutes rejetées en périphérie, le long d'une rue au tracé hexagonal de cinq kilomètres et demi, chaque façade tournée vers le sanctuaire central. Cette forme n'existe nulle part ailleurs dans l'Empire.
La ville connut son apogée au IIIe siècle. Puis tout s'arrêta, brutalement. Les thermes furent abandonnés en plein chantier — les archéologues ont retrouvé des machines de sciage encore posées à leur emplacement de travail, des fondations qui n'avaient jamais reçu leurs murs. Vers 250, le grand sanctuaire fut fermé, désacralisé, délibérément détruit. Puis transformé en castellum, un fortin militaire. Ce qui restait des blocs de pierre fut ensuite débité pour construire les remparts d'Évreux. Une ville entière recyclée pour en défendre une autre.
Les fouilles débutèrent en 1801, conduites par un prêtre local, François Rever. Elles se poursuivent aujourd'hui encore. Le site n'a pas de vrai nom : Gisacum est une invention du XIXe siècle, forgée à partir d'une inscription mentionnant le dieu tutélaire des lieux. Ce que s'appelait réellement cette ville, nul ne le sait.
Sous le village du Vieil-Évreux, sous ses prairies et ses jardins, une métropole gallo-romaine attend encore que les archéologues lui rendent sa mesure exacte.
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