Site Archéologique de Grand
Site archéologique

Site Archéologique de Grand

Vosges, Grand Est

À propos de ce lieu

Un village de cent vingt habitants dort sur les ruines d'une cité romaine de vingt mille âmes. À Grand, dans les Vosges, les fondations de l'amphithéâtre percent encore la terre des jardins potagers. Les granges sont posées sur des thermes. Et sous les rues pavées, sept kilomètres de galeries souterraines que les Romains avaient creusées dans la roche calcaire, un réseau karstique naturel qu'ils ont aménagé, dont personne n'a encore percé tous les secrets. Grand s'appelait Granum et revendiquait peut-être la présence d'Apollon Grannus, dieu guérisseur gallo-romain dont le nom a peut-être donné le sien à la cité. Peut-être. Car le temple dédié à ce dieu, que les textes mentionnent, que les archéologues cherchent depuis le XIXe siècle, n'a jamais été retrouvé. Soixante hectares de fouilles, et le sanctuaire reste introuvable. Ce vide au cœur du plan archéologique est la grande énigme de Grand. Ce que les fouilles ont mis au jour est déjà vertigineux. L'amphithéâtre, semi-circulaire selon un plan rare en Gaule, pouvait accueillir dix-sept mille spectateurs, le huitième plus grand du monde romain. Dans une région qui n'était ni une capitale ni un port. Les historiens ne s'expliquent pas encore pourquoi une cité de province a justifié pareille infrastructure. Une source sacrée, peut-être. Un oracle. Un pèlerinage d'une ampleur que les textes sous-estiment. Sous la mairie, une mosaïque de deux cent trente-deux mètres carrés attend les visiteurs, l'une des plus grandes encore conservées in situ en Europe. Elle date du IIIe siècle. Ses motifs géométriques d'une précision millimétrée ont survécu à dix-sept siècles d'abandon, de pillage, de remblai. En 1883, on la redécouvre par hasard lors de travaux. Elle était là depuis le début. L'enceinte de la cité mesurait mille sept cent soixante mètres de périmètre, flanquée de vingt-deux tours et percée de trois portes monumentales. Le clocher de l'église Sainte-Libaire, qui domine le village, est construit en grande partie avec des blocs récupérés sur l'amphithéâtre. Les habitants du Moyen Âge ont bâti leur village dans les entrailles de la cité morte, pierre par pierre, arc par arc. Grand s'est nourri de Grand. Constantin est parfois associé au site. Une tradition tardive veut que l'empereur ait eu ici une vision d'Apollon en 308, vision qui aurait précédé sa conversion progressive et changé l'histoire de l'Empire. Les historiens modernes remettent sérieusement en question la localisation messine de cet épisode. Mais l'hypothèse ne disparaît pas. Elle flotte, comme le temple, quelque part sous la terre. À Grand, les jardins ont des fondations romaines et les rues suivent le tracé d'une ville que personne n'a jamais tout à fait fini de chercher.

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Informations pratiques

Localisation

4 Rue de la Mosaïque, 88350 Grand