Théâtre Antique de Vienne
Site archéologique

Théâtre Antique de Vienne

Isère, Auvergne-Rhône-Alpes

À propos de ce lieu

La rue qui longe le théâtre s'appelait encore au XIXe siècle la rue du Cirque. Pendant des siècles, Vienne avait oublié ce qu'elle possédait — ou plutôt, elle avait continué à vivre dessus, construisant des maisons sur des milliers de mètres cubes de terre accumulée, sans savoir que sous les jardins et les caves se cachait l'un des plus grands théâtres de l'Empire romain. Vienne n'était pas une ville ordinaire. Capitale des Allobroges, puis capitale de la province romaine de Viennoise, elle rivalisait avec Lyon pour le rang de première cité de la Gaule. Dans les années 40 après J.-C., ses bâtisseurs taillent la colline de Pipet pour y ancrer directement dans le rocher la cavea d'un théâtre de cent trente mètres de diamètre, capable d'accueillir treize mille spectateurs — le deuxième de Gaule entière après celui d'Autun, l'un des plus vastes du monde romain. Le sommet de la colline est aménagé en esplanade cultuelle : temples, statues divines, autels. Le théâtre et le sacré ne font qu'un. Dans la ville en bas, le richissime sénateur Decimus Valerius Asiaticus possède sa propre troupe d'acteurs — les Scaenici Asiaticiani, dont l'autel funéraire a été retrouvé, gravé de leur nom pour l'éternité. Au IIe siècle, un odéon est construit à proximité, sur le versant sud du ravin de Saint-Marcel. Il est l'un des rares du monde antique dont une inscription gravée mentionne explicitement le terme latin odeum. Ensemble, les deux édifices forment un couple archéologique sans équivalent en Gaule, à l'exception de Lyon et de Valence. Puis Rome décline. Les pierres du théâtre sont pillées pour construire des maisons. La terre et la végétation prennent le reste. Le lieu disparaît — pas tout à fait de la mémoire collective, mais de façon si confuse que pendant des siècles on le prend pour un amphithéâtre. En 1834, l'archéologue Claude-Thomas Delorme convainc Prosper Mérimée, en tournée d'inspection pour les Monuments historiques, que les gradins entrevus dans un jardin au pied de Pipet sont ceux d'un théâtre romain. Mérimée classe le site sur la première liste de 1840. Mais il faut attendre 1914 pour que des sondages confirment formellement qu'il s'agit bien d'un théâtre et non d'un amphithéâtre. En 1922, Jules Formigé — le même architecte qui restaure le théâtre d'Orange — engage les fouilles. En 1938, le président Lebrun inaugure le monument ressuscité. Depuis 1981, chaque été, des dizaines de milliers de spectateurs s'installent sur ces gradins pour un festival de jazz. En 2016, Johnny Hallyday y donne le 90e et dernier concert de sa tournée Rester Vivant — la dernière scène de sa carrière solo. Les dieux de Pipet regardaient depuis leur esplanade. Ils regardent encore.

Tags

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Informations pratiques

Localisation

7 Rue de Goris, 38200 Vienne