
Site archéologique
Théâtre Gallo-Romain d'Autun
Saône-et-Loire, Bourgogne-Franche-Comté
À propos de ce lieu
Le plus grand théâtre de toute la Gaule romaine est enfoui en partie dans une colline de Bourgogne, à l'entrée d'une ville que Rome a construite de toutes pièces pour en imposer. Cent quarante-huit mètres de diamètre. Trente mètres de hauteur. Un mur de scène monumental fermait l'horizon. La cavea pouvait accueillir quatorze mille spectateurs, peut-être vingt mille selon les estimations les plus larges. Dans le monde romain entier, seul le théâtre de Pompée à Rome dépassait cette dimension.
Tout commence à vingt-cinq kilomètres d'ici, sur le Mont Beuvray. Vers 15 avant J.-C., Auguste décide que Bibracte, la capitale des Éduens, la plus grande et la plus riche ville de Gaule selon César lui-même, doit être abandonnée au profit d'une ville nouvelle, construite dans la plaine, accessible par quatorze routes romaines. Cette ville s'appellera Augustodunum : la forteresse d'Auguste. Elle recevra le titre de soror et aemula Romae, sœur et émule de Rome. La population de Bibracte descend progressivement du mont Beuvray. La forêt reprend l'oppidum. Rome a gagné par architecture.
Augustodunum est une ville-argument. Ses remparts honorifiques courent sur six kilomètres et comprennent cinquante-sept tours, enceinte à vocation symbolique plus que défensive, parce que la Pax Romana rend les fortifications inutiles. Elle possède un forum, des thermes, deux portes monumentales encore debout, un amphithéâtre qui sera le plus grand de Gaule. Et ce théâtre, construit vers l'an 70 sous Vespasien, adossé à la pente naturelle pour économiser la maçonnerie, dont le rideau de scène plongeait dans une fosse avant chaque représentation, inverse de l'usage moderne. Tacite note que toute la plus noble jeunesse des Gaules se pressait dans les écoles de rhétorique de la ville.
En 1976, une prospection aérienne révèle l'existence d'un second théâtre, à l'extérieur des remparts, enfoui sous les champs. Cent seize mètres de diamètre. Quinze mille places. À peine fouillé depuis. Autun avait donc deux théâtres gigantesques et un amphithéâtre disparu, un ensemble monumental sans équivalent connu en Gaule romaine.
Le théâtre visible est inscrit sur la première liste des Monuments Historiques de France en 1840, en même temps que la Porte d'Arroux et la Pyramide de Couhard. Depuis 1909, des spectacles s'y jouent à nouveau.
La ville bâtie pour effacer une autre ville a fini par devenir, elle aussi, un lieu de mémoire.
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