
Site archéologique
Vieux-la-Romaine
Calvados, Normandie
À propos de ce lieu
À quinze kilomètres au sud de Caen, sous des champs normands silencieux, une capitale romaine attend depuis dix-sept siècles. Elle ne ressemble à aucun autre site de ce type en France — parce qu'aucune ville moderne n'est venue s'y poser dessus. Les vestiges d'Aregenua sont restés là, intacts, enfouis sous l'herbe, livrés aux archéologues sans avoir à traverser d'abord des caves et des sous-sols d'immeubles.
Les Viducasses étaient un peuple gaulois de la plaine de Caen, tournés vers la mer et le fer. Leur territoire était riche en mines. César les conquit, Rome les civilisa, et au Ier siècle de notre ère, Aregenua devint leur capitale — forum, thermes, théâtre de quatre-vingts mètres de diamètre, aqueduc, basilique civile, demeures à péristyle ornées de mosaïques et de fresques d'Achille et de Téthys. Une ville méditerranéenne transplantée dans le bocage.
Le premier coup de pioche y fut donné en 1697, sur ordre de l'intendant de Louis XIV. Quarante-cinq ans avant Pompéi.
C'est en 1580 qu'un paysan, retournant son champ, heurta une masse de grès de près d'une tonne et demie. Un seigneur local fit transporter la pierre jusqu'à son château de Thorigny — d'où son nom trompeur. On l'appela le Marbre de Thorigny : il n'est ni en marbre, ni de Thorigny. Il était le socle d'une statue érigée sur le forum d'Aregenua en 238, en l'honneur de Titus Sennius Sollemnis, fils d'une des familles les plus puissantes de Gaule. Sur trois faces sont gravées sa carrière, ses évergésies — il finança les thermes que son père avait laissés inachevés —, et des copies de lettres que lui avaient adressées de grands fonctionnaires impériaux. C'est le texte le plus long que le Conseil des Gaules ait jamais fait graver pour l'un de ses membres. La pierre survécut à tout. Presque. En 1944, stockée à Saint-Lô, elle fut gravement endommagée lors des bombardements qui rasèrent la ville.
Aregenua, elle, ne survécut pas aux invasions barbares du IIIe siècle. Pas d'enceinte construite, une population qui part, un forum qui se tait. Les habitants du Moyen Âge récupérèrent les pierres de taille pour bâtir leurs maisons — et leur église. L'église Notre-Dame du village actuel se dresse exactement là où se trouvait un temple à Vénus et à Mars. La continuité n'est pas une coïncidence : elle est presque toujours une habitude.
Aujourd'hui les murs de la Maison au Grand Péristyle affleurent à ciel ouvert. Le forum est encore en cours de fouille. Le sol de la plaine normande rend ses secrets très lentement, et rien n'indique que le plus intéressant ait déjà été trouvé.
Tags
gallo-romainruinesarchéologie


