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Bagnoles-de-l'Orne
Orne, Normandie
À propos de ce lieu
Le seigneur Hugues de Tessé, sentant que son cheval Rapide atteint la fin de sa vie, décide de l'abandonner dans la forêt d'Andaine pour qu'il y meure en paix. Il est stupéfait quand l'animal revient quelques heures plus tard, fort et totalement revitalisé. Sans aucun ressentiment, Rapide emmène son maître vers les eaux de Bagnoles où, après avoir bu, il est lui aussi rajeuni. La station thermale naît d'un cheval et d'un seigneur qui avaient tous deux renoncé à la vie.
Son nom vient du latin Balneolas, petit bain, petit établissement de bains. La source sourd du granit au fond d'un vallon creusé par la Vée, rivière de vingt-trois kilomètres qui naît dans la forêt des Andaines et finit dans la Mayenne. L'eau monte du sol à une température constante de vingt-cinq degrés. Elle est radioactive, très légèrement, juste assez pour que les premiers médecins du XIXe siècle en fassent un argument thérapeutique. Antiœdémateuse, sédative, décontracturante, rééquilibrante hormonale : la chimie a traduit en termes médicaux ce que la légende disait avec un cheval.
Ce n'est qu'au XVIIe siècle que les premières études scientifiques sur les propriétés des eaux furent menées. En 1670, le médecin Julien Le Paulmier publia un traité vantant leurs vertus curatives. Le lieu est longtemps resté sauvage, discret, fréquenté par les paysans locaux et quelques moines. Dans un autre conte, il est rapporté qu'un très vieux moine franciscain qui a pris les eaux retrouve une étonnante vigueur et saute entre les plus hautes roches situées au-dessus de la ville. Ces roches s'appellent toujours « le Saut du Capucin ».
Journée Mondiale
La vraie naissance de la ville intervient au XIXe siècle. Un entrepreneur visionnaire, Alfred Christophle, président du Crédit Lyonnais et du Christofle argentier, rachète les terrains en 1884 et décide de créer une station thermale pour l'élite parisienne. Construit selon des règles strictes et destiné à des curistes fortunés, le concept d'un quartier résidentiel en plein cœur de la forêt normande attire une clientèle aisée. Ce qui surgit alors n'est pas une ville ordinaire. C'est une scénographie. Les architectes dessinent des villas à tourelles, à bow-windows, à loggia, dans tous les styles possibles, normand, mauresque, néogothique, Art nouveau. Chaque villa rivalise avec sa voisine. Chaque détail est pensé pour suggérer le luxe, le repos, la santé retrouvée. La forêt encadre le tout comme un décor de théâtre.
En 1939, Bagnoles connaît une affaire criminelle retentissante, un double meurtre dans une villa du quartier thermal, qui alimente les gazettes parisiennes pendant des mois et finit par attirer encore plus de visiteurs que les eaux elles-mêmes.
Bagnoles-de-l'Orne est l'unique station thermale du Grand Ouest français. Le lac, formé par la Vée avant qu'elle ne plonge dans les gorges du massif granitique, reflète les façades colorées des villas Belle Époque qui n'ont presque pas changé depuis un siècle.
L'eau monte toujours du granit à vingt-cinq degrés.
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