
Lieu religieux
Basilique de Sainte-Anne-d'Auray
Morbihan, Bretagne
À propos de ce lieu
Dans un hameau du Morbihan qui s'appelait Ker Anna, le village d'Anne en breton, une chose sans précédent dans l'histoire du catholicisme s'est produite : les seules apparitions de sainte Anne, mère de Marie, jamais reconnues au monde.
Tout commence à l'été 1623. Yvon Nicolazic est un paysan breton de trente ans, analphabète, qui ne parle que le breton. Il n'est pas mystique de tempérament, c'est un agriculteur capable, père de famille, homme de bon conseil dans son village. Un soir, rentrant des champs, une grande clarté illumine sa chambre. Cela recommence. Des lueurs dans ses terres. Une dame blanche tenant un cierge. Des apparitions lentes, espacées, comme si la sainte prenait le temps de gagner sa confiance. La nuit du 25 au 26 juillet 1624, la dame lui parle enfin : Je suis Anne, mère de Marie. Elle lui dit qu'une chapelle a existé ici il y a neuf cent vingt-quatre ans, et qu'il doit la reconstruire.
Le 7 mars 1625, à minuit, la dame apparaît une dernière fois. Elle conduit Nicolazic et ses voisins dans son champ du Bocenno. Ils creusent à la lueur d'un cierge de la Chandeleur. Le fer heurte du bois dans la terre. Ils dégagent une vieille statue rongée mais reconnaissable, en bois d'olivier, avec des traces de blanc et d'azur. La première messe officielle sur le site est célébrée le 26 juillet 1625. Le lendemain, les pèlerins arrivent. Ils n'arrêteront plus.
La nouvelle se répand à une vitesse qui n'a rien de naturel. Louis XIII et Anne d'Autriche font un vœu ici en 1636 pour avoir un fils, et Louis XIV naîtra cette même année. Le roi Philippe IV d'Espagne envoie une relique de sainte Anne depuis Apt. Les Carmes réformés prennent la direction du pèlerinage en 1628 et bâtissent le cloître qui subsiste encore aujourd'hui, le plus ancien édifice du sanctuaire. La Révolution chasse les moines, vend les bâtiments, fait disparaître la statue originelle. Mais les pèlerins reviennent dès que la tourmente passe.
Au XIXe siècle, la foule est devenue telle que la chapelle ne peut plus l'absorber. La basilique est construite entre 1866 et 1872 dans un style romano-byzantin de granit gris, sobre et massif, capable de contenir des milliers de fidèles. Elle couronne désormais le sanctuaire.
Puis vient la Grande Guerre. La Bretagne saigne plus que n'importe quelle région de France, proportionnellement à sa population. Les cinq diocèses bretons décident d'ériger un mémorial commun sur ce terrain sacré. Le monument, construit de 1922 à 1932, culmine à cinquante-deux mètres. Sur un mur en fer à cheval de quatre cent cinquante mètres, huit mille noms sont gravés dans le marbre blanc, les familles qui ont pu payer pour que leur fils soit inscrit. Autant de noms absents pour les plus pauvres. Chaque 26 juillet, le Grand Pardon rassemble des dizaines de milliers de pèlerins qui viennent demander quelque chose, remercier, ou simplement ne pas oublier.
Nicolazic repose sous les voûtes de la basilique, à l'endroit exact où il a trouvé la statue un soir de mars 1625. Sa cause de béatification est ouverte. Il attendait.
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