
Lieu religieux
Chapelle Kermaria an Iskuit
Côtes-d'Armor, Bretagne
Chapelle avec fresque de la Danse Macabre
À propos de ce lieu
Au XIXe siècle, le curé de Plouha voulait raser la chapelle pour récupérer les pierres. La population s'est soulevée. Et c'est la découverte en 1856 d'une fresque enfouie sous un siècle de badigeon qui a définitivement sauvé l'édifice, quarante-sept squelettes et vivants se donnant la main avaient survécu à leur propre effacement.
Avant d'être le village de Marie, l'endroit s'appelait Kergrist, le village du Christ. Le nom change quand Henri II d'Avaugour, comte de Goëlo, rentre de croisade en Palestine en 1240 et fait construire une chapelle pour remercier la Vierge de l'avoir ramené vivant. Il lui donne son propre prénom breton : Itron Varia an Iskuit, Madame Marie qui tire d'affaire, qui sauvegarde. Le premier édifice gothique, modeste, couvre les quatre premières travées de la nef. Le lieu devient rapidement lieu de pèlerinage et de grandes foires saisonnières qui enrichissent la paroisse.
C'est cet argent qui finance les agrandissements du XVe siècle, le transept, et surtout le porche, l'un des plus travaillés de Bretagne. À l'étage du porche, une secrétairerie close d'une fine balustrade Renaissance : c'est là que le seigneur de Lizandré-Kermaria rendait la justice et recevait l'hommage de ses vassaux, une salle d'audience posée au-dessus des pèlerins, dans la même pierre, avec vue sur la campagne et sur le clocher.
Entre 1488 et 1501, un artiste anonyme peint sur les hauts murs de la nef, de part et d'autre, la danse macabre. Il suit le modèle de la grande fresque disparue du cloître des Innocents à Paris, dont une gravure sur bois circulait partout en Europe pendant les épidémies de peste. La chaîne commence par l'Acteur, personnage chargé d'écrire les sentences de huit vers sous chaque figure. Puis viennent, alternés avec des squelettes au rictus sardonique, le pape, l'empereur, le cardinal, le roi, le connétable, l'archevêque, le chevalier, l'évêque, l'écuyer, l'abbé, le bailli, et plus loin le médecin avec sa fiole, la femme qui s'accroche à ses voisins, l'usurier, l'amoureux, le pauvre. Tous de même taille. Tous se tenant par la main avec un mort.
Au XVIIIe siècle, quand le message d'égalité devant la mort commence à déplaire à ceux qui tiennent le haut de la liste, la fresque est badigeonnée de chaux. Elle disparaît. Charles de Taillart, descendant des anciens seigneurs du lieu, la retrouve en 1856 en grattant un mur. En 2005, Ridley Scott s'en inspire pour les décors de Kingdom of Heaven. Dans le bas-côté nord subsiste une autre fresque, sept mètres de Dit des trois morts et des trois vifs en grisaille sur fond ocre : trois cadavres s'adressant à trois cavaliers richement vêtus pour leur annoncer qu'ils représentent leur futur.
La chapelle se dresse au milieu des champs, sans village visible.
Les morts ont les bras tendus depuis six siècles.
Tags
chapellemystèremédiéval
Informations pratiques
Localisation
Kermaria an Isquit, 22580 Plouha
Horaires
Ouverture en semaine, visite guidée sur demande
Tarifs
Gratuit
Exploré le
27 octobre 2025


