Bazouges-la-Pérouse
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Bazouges-la-Pérouse

Ille-et-Vilaine, Bretagne

À propos de ce lieu

Il avait commencé comme voiturier pour un marchand de toiles. Il finit marquis, ami des rois et confident de Richelieu, propriétaire de huit châteaux dans les Marches de Bretagne. Gilles Ruellan est l'un des destins les plus vertigineux du Grand Siècle, et c'est à Bazouges-la-Pérouse qu'il a posé sa plus belle pierre. Bazouges est une ville ancienne. Le nom vient du latin basilica, l'église, le marché. La ville elle-même tient de cette double vocation depuis l'époque gallo-romaine : un bourg de granite posé sur une éminence rocheuse au carrefour de trois diocèses, Rennes, Dol et Saint-Malo, à la lisière de la forêt de Villecartier que traversaient les voies gauloises et romaines. Dès le XIe siècle, Bazouges possède four, marché, moulin et deux églises juxtaposées. Au début du XVIe siècle, elle compte cinq mille âmes. C'est l'une des villes les plus peuplées de la marche bretonne. Gilles Ruellan naît à Antrain, ville voisine, dans une famille obscure. Il comprend très tôt que l'argent ouvre tout. Fermier général des impôts sur les vins de Bretagne, trafiquant d'armes pendant les guerres de la Ligue, prêteur de fonds à la Cour dans les moments critiques, il accumule une fortune que Richelieu lui-même qualifie de colossale. Quand les guerres de Religion ont ruiné des dizaines de seigneuries bretonnes, Ruellan achète. Seigneurie après seigneurie. En 1615, il rachète La Ballue au duc de Brissac, qui l'avait lui-même reçu d'Henri IV pour services rendus. Ruellan rase la forteresse médiévale et bâtit à sa place un château Louis XIII sobre et élégant, dominant la vallée du Couesnon depuis son promontoire. Il le fait ériger en marquisat en 1622. La même année, il marie sa fille Jeanne au duc de Montbazon. La génération suivante verra une petite-fille de Ruellan épouser le neveu du cardinal de Richelieu. Ruellan mourra de chagrin, dit-on, quand sa fille Guyonne épousera le duc de Brissac, son ennemi. Richelieu commentera laconiquement : Ce pauvre homme s'est laissé mourir. Les jardins qu'il dessine autour de La Ballue sont l'un des rares exemples conservés en France de jardins baroques et maniéristes du XVIIe siècle. Topiaires géants, formes végétales taillées en sculptures, perspectives et architectures d'ifs et de buis, un art de jardiner qui réclame ce que la nature produit de plus beau, de plus rare ou de plus monstrueux. Balzac, Victor Hugo, Musset et Chateaubriand ont séjourné au château aux siècles suivants. En 1973, l'éditrice Claude Arthaud rachète La Ballue en ruine et la ressuscite. Le château est toujours habité, toujours ouvert. Bazouges-la-Pérouse reste une ville de granite et de frontières, à la lisière de tout, comme elle l'a toujours été. Et au bout de ses chemins, un voiturier devenu marquis qui a bâti des jardins pour l'éternité.

Tags

petite cité de caractèremédiévaléglisechâteauforêt domaniale

Informations pratiques

Localisation

35560 Bazouges-la-Pérouse