Cap Blanc-Nez
Site naturel

Cap Blanc-Nez

Pas-de-Calais, Hauts-de-France

À propos de ce lieu

À cent trente-quatre mètres au-dessus du détroit, la craie blanche tombe à pic dans la mer. Par temps clair, les falaises de Douvres sont visibles à l'œil nu. Trente-trois kilomètres d'eau entre deux pays. Ce cap a toujours été l'endroit où le monde décide de traverser. Ptolémée le notait déjà sur ses cartes : le « blanness », ce promontoire blanc qui se projetait d'une lieue en mer. La seconde partie du nom ne vient pas du français — elle vient du vieux saxon naes, qui signifie promontoire. Un mot d'avant la France, d'avant l'Angleterre, d'avant les nations. La falaise, elle, est vieille de quatre-vingt-dix millions d'années : de la craie pure, formée par l'accumulation de milliards de squelettes d'organismes marins au fond d'un océan chaud qui n'existe plus. Le 19 juillet 1909, à 6h45, Hubert Latham décolle du plateau du Blanc-Nez à bord de son monoplan Antoinette IV. Il s'élève à trois cents mètres, met le cap sur Douvres, disparaît dans la brume. Quelques minutes plus tard, le moteur s'arrête. L'avion descend en vol plané et se pose sur la mer. Le contre-torpilleur Harpon accourt. Les marins découvrent l'aviateur assis sur le fuselage, cigarette aux lèvres, impassible. Latham recommence huit jours plus tard, avec un appareil neuf. Le moteur lâche à nouveau, à quelques centaines de mètres des côtes anglaises. Entre-temps, Louis Blériot a traversé. C'est lui que l'histoire retient. Mais c'est Latham, le perdant deux fois magnifique, que l'Aéroclub de France choisit d'honorer : une statue de trois mètres est inaugurée au Blanc-Nez en août 1922, en présence de Blériot lui-même. Le même mois de la même année, on inaugure aussi l'obélisque de la Dover Patrol, vingt-trois mètres de granit dressés au sommet du cap à la mémoire des marins franco-britanniques qui ont tenu le détroit pendant la Grande Guerre. Un monument jumeau se dresse à Douvres. Un troisième dans le port de New York. Les Allemands dynamitent celui du Blanc-Nez pendant l'occupation. Il est reconstruit en 1962. Sur le flanc sud-ouest de la falaise, une inscription tracée en dalles au sol et visible seulement depuis le ciel grave en lettres de sept mètres : Gloire à Marie Médiatrice. Personne ne sait précisément qui l'a posée là ni quand. Au pied du cap, dans une cuvette appelée Fond Pignon, reposent 5,3 millions de mètres cubes de boue de craie bleue — les déblais de l'équipe française qui a foré le tunnel sous la Manche dans les années 1980. Une digue de trente-cinq mètres de haut retient cette masse. La végétation reprend, lentement. La craie s'effrite. Les falaises reculent d'année en année. Le cap que Ptolémée a dessiné n'est plus tout à fait le même. Mais la mer entre les deux pays, elle, reste la même distance.

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