
Lieu religieux
Cathédrale de Fréjus
Var, Provence-Alpes-Côte d'Azur
À propos de ce lieu
Sur la place Formigé à Fréjus, un bâtiment trapu en grès de l'Estérel regarde le passant avec la sobriété militaire d'une forteresse. Ce n'est pas une forteresse. C'est une cathédrale. Et le petit édifice octogonal accolé à sa façade est le deuxième plus ancien baptistère de France — bâti au Ve siècle, enfoui au Moyen Âge dans les fortifications de la ville, redécouvert seulement en 1930 sous les remparts.
Fréjus était une ville de soldats avant d'être une ville d'évêques. César en fait son forum, Forum Julii, pour répondre à Marseille. Auguste y installe les vétérans de la VIIIe légion et y rapatrie les galères prises à Marc-Antoine après la bataille d'Actium en 31 avant J.-C. — faisant de ce port varois le troisième de l'Empire romain, après Misène et Ravenne. Trois siècles plus tard, quand la puissance militaire décline, c'est le christianisme qui prend possession du site. En 374, un évêque est déjà mentionné à Fréjus lors du concile de Valence. Le premier évêque connu, saint Léonce, règne de 419 à 431 et favorise la fondation du monastère de Lérins sur les îles en face de Cannes.
Le baptistère que Léonce a peut-être connu est une pièce octogonale dont les huit colonnes corinthiennes viennent de Turquie — granit du massif du Gigri Dag, identifiable à ses taches de mica noir. Les catéchumènes entraient par une petite porte à gauche, dans un mouvement d'humilité, et sortaient par une plus grande à droite, après le baptême par immersion dans la cuve centrale revêtue de marbre blanc. Ce passage physique entre deux états était gravé dans l'architecture. Le baptistère disparaît ensuite dans les remparts médiévaux et n'est retrouvé qu'au XXe siècle — intact jusqu'aux fenêtres hautes.
La cathédrale elle-même est double. Deux nefs parallèles, construites aux XIe et XIIe siècles, séparées à l'origine par un mur : l'une réservée à l'évêque, l'autre aux chanoines et au peuple. Elles ne communiquent que progressivement, par des arcades ouvertes au fil des décennies. En 1300, Jacques Duèze prend le siège épiscopal de Fréjus, fortifie le palais, commande des travaux. Seize ans plus tard, il est élu pape à Avignon sous le nom de Jean XXII.
Dans le cloître du XIIIe siècle, les plafonds en bois de mélèze portent mille deux cents panneaux peints au XIVe siècle — dragons, êtres mi-humains mi-bêtes, créatures hybrides dont personne n'a encore trouvé la clef. Les artistes itinérants qui ont peint ces plafonds n'ont laissé aucun nom. Leur bestiaire est unique en France.
À Fréjus, les siècles se superposent sans jamais se dissoudre. Sous les pavés, les quais du port d'Auguste. Sur les murs, le grès rouge de l'Estérel. Et dans l'air de ce baptistère, l'écho d'un rituel vieux de seize cents ans.
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