
Lieu religieux
Cathédrale Notre-Dame de Laon
Aisne, Hauts-de-France
À propos de ce lieu
Le 25 avril 1112, les habitants de Laon se soulèvent contre leur évêque. Gaudry, détesté, se cache dans un tonneau de son cellier. On le trouve, on le tue. Son corps est jeté dans la rue. L'église brûle. C'est sur ce sol calciné, dans une ville encore fumante, que prend racine l'une des premières cathédrales gothiques de France — et sans doute la plus audacieuse.
En 1155, l'évêque Gautier de Mortagne lance la construction. La colline de Laon s'élève à cent mètres au-dessus de la plaine de l'Aisne — une acropole naturelle que les bâtisseurs habitent comme un défi. Les pierres viennent des carrières de Chermizy, à quinze kilomètres. Des centaines de bœufs grimpent la pente pendant des décennies pour les hisser jusqu'au chantier. En 1163, Thomas Becket — archevêque de Cantorbéry en fuite, pourchassé par le roi d'Angleterre — trouve refuge à Laon. Une des tours du transept portera son nom. Sept ans plus tard, on l'assassinera dans sa cathédrale. Ici, il n'était qu'un homme en exil, priant dans une nef encore inachevée.
Vers 1180, les maîtres vitriers posent la rose nord — consacrée aux arts libéraux. Grammaire, rhétorique, dialectique, arithmétique, géométrie, musique, astronomie : les sept disciplines du savoir médiéval condensées dans un oculus de pierre et de lumière. C'est la première rose de ce programme intellectuel dans toute la France gothique. Au début du XIIIe siècle, Villard de Honnecourt, maître d'œuvre itinérant qui a dessiné les plus grands chantiers d'Europe, lève les yeux vers les cinq tours qui transpercent le ciel de Picardie. Il note dans son carnet que ce sont les plus belles du monde. Ses croquis des tours de Laon circuleront dans toute l'Europe. Six cents ans plus tard, un architecte berlinois les sortira de l'oubli pour dessiner les tours du Rotes Rathaus — l'hôtel de ville de Berlin.
Sur les deux tours de façade, seize bœufs de pierre grandeur nature montent la garde à cinquante-six mètres de hauteur. La légende dit qu'un bœuf miraculeux serait apparu pour aider l'attelage épuisé à gravir la colline. Mais la légende est née après l'achèvement des tours. Leur véritable signification reste inconnue. Aucun texte médiéval ne l'explique. Ils regardent la plaine, impassibles, depuis huit siècles.
Sept tours étaient prévues. Cinq ont été bâties. Le programme n'a jamais été achevé. Ce qui reste suffit à dominer tout horizon à cinquante kilomètres à la ronde.
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