
Lieu religieux
Cathédrale Saint-André de Bordeaux
Gironde, Nouvelle-Aquitaine
À propos de ce lieu
La cathédrale Saint-André de Bordeaux a son clocher à vingt mètres d'elle — séparé, isolé, planté dans le sol comme un garde du corps qui ne peut pas s'approcher davantage. Ce n'est pas un accident d'urbanisme. C'est la géologie qui commande : sous Bordeaux, le sol est sable et marécage, et les architectes du XV° siècle savaient que le balancement des cloches ferait trembler les fondations de la nef. La tour Pey-Berland existe donc en retrait, distante et souveraine, comme si elle refusait d'écraser ce qu'elle est censée couronner.
L'histoire commence bien avant la tour. Une église est mentionnée ici dès le IX° siècle, mais le site est chrétien depuis le III° — et avant cela, romain. Wisigoths, Sarrasins, Normands : tout ce que le haut Moyen Âge compte d'envahisseurs a traversé ces murs ou les a détruits. En 1096, le pape Urbain II consacre l'édifice alors qu'il parcourt la France pour prêcher la première Croisade — une étape entre deux appels aux armes. Quarante ans plus tard, le 27 juillet 1137, Aliénor d'Aquitaine, quinze ans, épouse ici le futur Louis VII. Quelques mois après, le père du roi meurt. Aliénor devient reine de France. La cathédrale n'avait pas encore ses voûtes gothiques.
Le tournant architectural arrive au XIV° siècle, et il a un nom : Bertrand de Got. Archevêque de Bordeaux, il monte en chaire en 1305 pour annoncer à ses fidèles qu'il vient d'être élu pape — il sera Clément V, premier pape d'Avignon, fondateur de la papauté française. Avant de quitter sa ville, il lève des fonds considérables pour transformer la vieille cathédrale romane en édifice gothique. Le chœur rayonnant, les chapelles absidiales, les façades du transept — tout cela sort de sa mémoire et de sa générosité gasconnes. Un pape a bâti depuis l'exil la maison qu'il ne reverrait plus.
Les siècles suivants accumulent les coups. Un tremblement de terre en 1427 effondre une partie des voûtes. Un incendie en 1787, causé par des ouvriers réparant la toiture, détruit la charpente du chœur. La Révolution transforme le monument en magasin à fourrage, puis en temple de la Raison. La tour Pey-Berland devient laminoir à plomb. En 1820, un ouragan abat le fronton nord sur les voûtes, et la foudre tombe sur une flèche le même jour. La cathédrale encaisse.
À l'intérieur, une clef de voûte porte les trois léopards d'Angleterre, une autre les fleurs de lys de France — deux royaumes gravés dans le même calcaire, côte à côte, comme si la pierre se refusait à choisir entre ses maîtres successifs. Le buffet d'orgues, quinze mètres de large, occupe toute la largeur de la nef. Un chroniqueur anglais de passage en 1535 écrivit que c'étaient les plus belles orgues de toute la chrétienté.
Tout ici a brûlé, tremblé, été pillé et relevé. La cathédrale Saint-André n'a pas survécu à son histoire — elle l'a digérée, pierre par pierre.
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