
Lieu religieux
Cathédrale Saint-Bénigne de Dijon
Côte-d'Or, Bourgogne-Franche-Comté
À propos de ce lieu
Sous les pavés de la cathédrale gothique, il reste un fragment du monde de l'an mil que personne ne peut plus démolir. Une crypte circulaire, dix-sept mètres de diamètre, trois anneaux concentriques de colonnes, huit, seize, vingt-quatre, et en leur centre, creusé dans le sol de chaque étage jusqu'au fond, un puits de lumière traversant l'édifice entier. C'est l'étage inférieur de ce que Raoul Glaber, moine contemporain du chantier, appelait "la plus admirable des basiliques de la Gaule".
Bénigne est un martyr grec, évangélisateur de Bourgogne, mort sous la persécution de Dioclétien vers 179. Son corps est enterré à l'extérieur du castrum de Dijon. En 511, Grégoire de Langres découvre la tombe, fait construire une crypte, pose le sarcophage. Une basilique mérovingienne s'élève au-dessus. Puis une carolingienne en 877. Puis les bâtiments menacent de tomber. En 989, douze moines de Cluny arrivent à Dijon le 24 novembre, conduits par un homme d'exception.
Guillaume de Volpiano est piémontais, fils d'un comte lombard, formé à l'abbaye de Cluny. Il est nommé abbé de Saint-Bénigne en 990. Il voit l'état des bâtiments, prend sa décision. En 1001, le chantier s'ouvre. Les ouvriers viennent de Lombardie. L'édifice qu'ils construisent mesure cent mètres de long. À son chevet : une rotonde de trois étages, circulaire, inspirée du Panthéon de Rome. Le niveau inférieur est dédié à Jean-Baptiste et aux précurseurs. Le niveau médian à la Vierge. Le niveau supérieur, baigné par le puits de lumière central, à la Trinité. Le tombeau de saint Bénigne, au cœur, est le centre géométrique et théologique de l'ensemble. La basilique est consacrée en 1016. La rotonde en 1018. La communauté monastique est passée de douze à quatre-vingts moines.
En 1271, l'église romane s'effondre. On construit la cathédrale gothique actuelle à partir de 1281. La rotonde est conservée mais n'est plus guère utilisée. En 1792, la Révolution la juge vétuste et la démolit. Son niveau inférieur est comblé sous les décombres, nivelé sous la cour de l'évêché. La mémoire de l'édifice disparaît avec lui.
En 1844, des ouvriers creusant accidentellement tombent sur les colonnes. Les vestiges de la rotonde sont là, intacts sous la terre. Mérimée supervise les premières fouilles. Viollet-le-Duc encadre la restauration à partir de 1858. La crypte est dégagée, consolidée, rendue visible. Elle vient de rouvrir après quatre ans de travaux de restauration achevés en 2024.
Douze degrés. Des colonnes blanches qui montent dans le silence. Et au centre, une lumière qui tombe d'en haut.
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