
Lieu religieux
Cathédrale Saint-Étienne de Metz
Moselle, Grand Est
À propos de ce lieu
La cathédrale de Metz n'est pas une cathédrale. C'est une lanterne. Six mille cinq cents mètres carrés de verre coloré, la plus grande surface vitrée de toutes les cathédrales d'Europe, transforment chaque rayon de soleil en spectacle. Les deux fenêtres des transepts font à elles seules quatre cent vingt-quatre mètres carrés chacune : les plus grandes verrières gothiques qui existent.
Elle naît au XIIIe siècle d'un geste d'absorption. Deux édifices se font face depuis des siècles, la cathédrale Saint-Étienne et la collégiale Notre-Dame, et en 1220, les bâtisseurs décident de les fondre en un seul. Trois cents ans de chantier suivront, campagne après campagne, chaque génération respectant le style de la précédente avec une rigueur qui donne à l'édifice une cohérence rare pour son époque. La pierre est du Jaumont, un calcaire lorrain teinté d'oxyde de fer, caramel dans la brume, or franc en plein soleil.
Les premiers vitraux sont posés au XIIIe siècle, bleus et rouges, sur la vie de saint Paul. Puis la Renaissance apporte le vitrail-tableau avec Valentin Bousch, maître alsacien dont l'atelier habille les transepts de scènes d'une précision de peintre. Le XIXe siècle invente le plus grand atelier de peinture sur verre de France à Metz même, celui de Laurent-Charles Maréchal, qui restaure et crée jusqu'à ce que les Prussiens entrent dans la ville en 1870 et mettent fin à tout.
Au XXe siècle, les bombes de 1944 brisent des baies entières. L'architecte en chef des Monuments historiques prend une décision audacieuse : confier les verrières manquantes aux plus grands artistes vivants. Jacques Villon, frère de Marcel Duchamp, installe ses géométries de couleur en 1957. Roger Bissière pose en 1960 deux vitraux abstraits aux tons antagonistes, le nord glacial, le sud brûlant, pour signifier la séparation du jour et de la nuit au quatrième jour de la Genèse. Marc Chagall, à plus de soixante-dix ans, accepte en 1959. Il peint la Genèse, l'Exode, le roi David. Ses bleus deviennent les bleus de Metz. En 2008, un cambrioleur brise la nuit l'Ève qu'il avait représentée.
En 1903, Guillaume II inaugure un nouveau portail et prononce un discours sur les chrétiens fidèles à l'Allemagne. Les Messins découvrent ce jour-là que le prophète Daniel sculpté sur le portail a les traits de l'empereur. En 1918, des ouvriers guillotinent la tête de pierre.
La tour de la Mutte, beffroi municipal accolé au flanc de la cathédrale, sonnait depuis des siècles les victoires et convoquait les citoyens aux armes. Pouvoir de la ville contre pouvoir de l'Église, côte à côte dans la même silhouette.
Le soir, la lanterne s'allume de l'intérieur.
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