
Lieu religieux
Cathédrale Saint-Gatien
Indre-et-Loire, Centre-Val de Loire
À propos de ce lieu
Il a fallu trois cent onze ans pour la terminer. Et les habitants de Tours ont inventé un dicton pour ça : "aussi long que la construction de Saint-Maurice." Parce que la cathédrale s'appelait Saint-Maurice avant de prendre le nom de Gatien au XIVe siècle — du nom du tout premier évêque venu évangéliser la Touraine vers 250 après Jésus-Christ, dans un temps où Tours était encore une ville romaine.
Tout commence au IVe siècle, quand Lidoire, deuxième évêque des Turons, fait construire un premier sanctuaire à l'angle sud-ouest du castrum antique. C'est là que Martin sera sacré évêque en 372. Incendie en 561. Reconstruction par Grégoire de Tours. Incendie encore, au XIIe siècle, pendant les guerres que se livrent Louis VII de France et Henri II Plantagenêt pour la possession de la Touraine. La cathédrale actuelle naît de ces cendres répétées, à partir de 1220 environ. Saint Louis aide au financement. Blanche de Castille aussi. Le chœur est construit en style gothique rayonnant, lumineux, d'une pureté que Viollet-le-Duc considérera comme l'un des plus beaux de France. Puis le chantier ralentit, reprend, ralentit encore. La nef prend un siècle entier. La façade flamboyante s'achève en 1484. La tour nord en 1507. La tour sud seulement en 1547 — et ce couronnement Renaissance, qui tranche sur le gothique du reste, stupéfie Henri IV lors de sa visite : "Voilà deux beaux bijoux. Il ne manque plus que des écrins."
Ce qui frappe à l'intérieur, c'est la lumière. Huit cents mètres carrés de vitraux du XIIIe siècle dans le seul chœur — un ensemble intact, multicolore, complet, sans équivalent en Europe à cette échelle. Les roses du transept, du XIVe siècle, complètent un almanach de lumière qui traverse les saisons sans jamais s'épuiser. En 2018, des verrières contemporaines consacrées à saint Martin sont venues s'ajouter aux fenêtres du bras nord, preuve que la cathédrale n'a jamais vraiment fini de se faire.
Dans une chapelle du déambulatoire repose l'un des gisants les plus poignants de la Renaissance française : deux enfants en marbre blanc de Carrare, côte à côte, Charles-Orland mort à trois ans et demi en 1495, et Charles mort à vingt-cinq jours en 1496 — les deux premiers enfants de Charles VIII et d'Anne de Bretagne. Commandé par la reine mère en deuil, sculpté vers 1500-1506, le tombeau montre les deux petits dauphins en habits royaux, les yeux ouverts, une couronne sur la tête. Comme si le marbre refusait d'admettre leur mort.
En 1793, les Jacobins fracassent les statues des portails. La cathédrale devient temple de la Raison. La nuit du 27 mars 1903, un cambrioleur anarchiste nommé Alexandre Jacob dérobe quatre tapisseries d'Aubusson classées aux Monuments historiques. Elles n'ont jamais été retrouvées.
La "Gatienne", comme on l'appelle à Tours, a tout traversé. Les guerres, les révolutions, les incendies. Elle est toujours debout.
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