
Lieu religieux
Cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes
Loire-Atlantique, Pays de la Loire
À propos de ce lieu
La voûte de la nef s'élève à trente-huit mètres. Plus haut que Notre-Dame de Paris. Et pourtant, la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes reste dans l'ombre de ses sœurs gothiques. Peut-être parce qu'elle a mis quatre cent cinquante-sept ans à se construire. Peut-être parce qu'elle brûle trop facilement.
Tout commence au Ve siècle, sur ce promontoire qui domine la Loire. Un premier édifice chrétien s'y dresse, probablement dès l'époque gallo-romaine. En 843, les Vikings pillent Nantes, massacrent l'évêque Gohard en pleine messe et réduisent la cathédrale en cendres. La ville mettra un siècle à se relever.
Le vrai chantier gothique naît le 14 avril 1434. Le duc Jean V de Bretagne et son chancelier Jean de Malestroit posent ensemble la première pierre. Ambition claire : imposer au royaume de France la splendeur d'un duché souverain. Les deux tours atteignent soixante-trois mètres. La nef s'habille d'une pierre calcaire blanche, extraite à Chantenay, qui baigne l'intérieur d'une lumière presque nordique. Puis l'argent manque. Le chantier s'arrête en 1520. Les guerres de Religion suspendent tout. Louis XIII relance. Le chœur s'élève enfin. Il faudra attendre 1891 pour que la dernière pierre soit posée.
Entre-temps, l'histoire s'est chargée de peupler le lieu. En 1499, Anne de Bretagne, reine de France deux fois de force, commande un tombeau pour ses parents. François II, le dernier duc, et Marguerite de Foix, sa mère morte à vingt-huit ans, reposent désormais sous des gisants de marbre blanc de Carrare sculpté par Michel Colombe — cinq ans de travail, quatre vertus cardinales dressées aux angles, les plus beaux visages que la Renaissance française ait jamais gravés dans la pierre. Ce tombeau ne devait pas être là. Anne l'avait fait ériger dans la chapelle des Carmes. La Révolution l'a déplacé, caché, failli le détruire. Il est entré dans la cathédrale en 1817.
Le parvis, lui, a ses propres fantômes. Le 5 septembre 1661, d'Artagnan arrête Nicolas Fouquet devant le portail, sur ordre de Louis XIV. Le surintendant des finances est trop puissant, trop riche, trop admiré. Il ne reverra jamais Nantes.
Puis viennent les catastrophes modernes. 1944 : des bombes éventrent la sacristie. 1972 : un ouvrier travaillant sur le toit met le feu à la charpente du XVIe siècle. 2020 : un incendie criminel détruit l'orgue baroque, ravage le grand vitrail commandé par Anne de Bretagne cinq siècles plus tôt. La cathédrale a rouvert en septembre 2025, échafaudages encore en place, restauration toujours en cours.
Certains lieux accumulent les épreuves comme d'autres accumulent les honneurs. Nantes brûle. Et se relève.
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