
Lieu religieux
Cathédrale Sainte-Cécile d'Albi
Tarn, Occitanie
À propos de ce lieu
Elle ressemble à une prison. C'est voulu.
Le 15 août 1282, Bernard de Castanet, évêque d'Albi, pose la première brique de ce qui deviendra la plus grande cathédrale de brique au monde. Pas une pierre, pas un arc-boutant, pas un portail sculpté visible de la rue. Juste soixante-dix-huit mètres de brique rose lisse, des contreforts cylindriques montant sans ornements jusqu'au ciel, un donjon-clocher de quarante et un mètres planté comme une tour militaire. Pour l'architecte qu'il a choisi — Pons Descoyl, un Catalan spécialisé dans la construction d'ouvrages fortifiés — il ne s'agit pas d'élever une maison de Dieu mais d'envoyer un message politique à trois destinataires simultanés : les hérétiques cathares qui persistent dans la région, les bourgeois d'Albi qui contestent son autorité, et le roi de France qui cherche à contrôler le Languedoc. La cathédrale est une forteresse. La foi, une arme.
Le chantier dure deux siècles. De 1282 à 1492, avec une interruption de soixante-dix ans faute de fonds — guerres, peste, famines. En 1473, Louis d'Amboise prend le siège épiscopal. Il consacre la cathédrale en 1480 et commande l'intérieur. Ce qui surgit alors à l'intérieur de cette coquille de brique austère tient du renversement complet : 18 500 mètres carrés de peintures couvrant la totalité des murs et des voûtes — la plus grande cathédrale peinte d'Europe. Des artistes flamands anonymes exécutent entre 1474 et 1484 un Jugement Dernier de deux cent soixante-dix mètres carrés sur le mur occidental. Le paradis à gauche, l'enfer à droite — et sept compartiments dédiés aux sept péchés capitaux. Les inscriptions décrivant les châtiments sont en langue d'Oïl, pas en occitan. C'est la langue de la cour de France. Pas un hasard. En 1509, des peintres italiens amenés par Louis II d'Amboise couvrent les voûtes en trois ans : fond bleu intense à l'azurite de Chessy, feuilles d'or, trompe-l'œil, végétaux abstraits. Ce bleu, vieux de cinq siècles, n'a jamais été restauré. Personne n'a jamais réussi à le reproduire.
En 1693, les chanoines percent le mur central du Jugement Dernier pour créer un passage vers une chapelle. Le Christ-Juge disparaît. Ce trou béant au cœur du tableau demeure.
En 1793, sous la Terreur, il est envisagé de démolir le jubé — cette dentelle de calcaire blanc ciselée par des maîtres flamands entre 1515 et 1540 — et de badigeonner toutes les peintures. Un seul homme intervient : l'ingénieur Mariès, simple citoyen d'Albi, qui écrit au ministre de l'Intérieur. Le ministre répond. Les peintures sont sauvées.
L'extérieur ne dit rien. L'intérieur dit tout. La porte est là pour qu'on franchisse la distance entre les deux.
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