Chaos du Mardoul
Site naturel

Chaos du Mardoul

Finistère, Bretagne

À propos de ce lieu

Sur une haute roche qui domine le cours de l'Ellez de dix mètres, une cupule et des rigoles creusées dans le granit sont encore visibles, les archéologues y reconnaissent les traces de rites sacrificiels d'une religion pré-chrétienne. Le lieu s'appelle le chaos de Mardoul. Personne ne sait depuis combien de millénaires on y venait. L'Ellez naît dans les tourbières des Monts d'Arrée, traverse le Yeun Elez, ces marais au cœur du Finistère que la tradition celtique désignait comme les portes de l'enfer, et descend vers la vallée. À Mardoul, sur la limite entre les communes de Loqueffret et de Brennilis, la rivière rencontre une masse de blocs de granit épars. Elle s'y répand, se divise, tourbillonne, ralentit. Le résultat est un gué naturel, une traversée sans noyade, dans un pays où les rivières n'ont pas de ponts. On l'emprunte depuis l'Antiquité. Peut-être avant. Le site se trouve sur l'axe routier qui reliait Carhaix à l'Aber-Wrac'h, une voie qu'empruntaient déjà les Gaulois, puis les Romains après eux. Un torque en or celtique a été retrouvé dans la région. Le gué de Mardoul était un point de passage obligé sur cet itinéraire immémorial. Avec le temps, des passerelles de dalles naturelles jetées entre les blocs ont précédé deux ponts de pierre, deux ouvrages subsistent encore, à deux cents mètres de distance l'un de l'autre, difficiles à dater mais clairement anciens. Dans le lit de la rivière, deux grosses auges de granit baignent dans l'eau courante. Leur interprétation divise, rouissage du lin et du chanvre pour les uns, macération des peaux avant tannage pour les autres, rites d'une autre nature selon d'autres hypothèses encore. Aucune certitude. Le granite garde ses secrets mieux que les hommes. Le moulin de Mardoul, construit tardivement au XIXe siècle sur ce même cours d'eau, tourne encore jusqu'en 1907. L'Ellez faisait alors tourner vingt-quatre moulins dans le seul secteur des Monts d'Arrée. Puis les aménagements hydroélectriques des années 1920 transforment radicalement la rivière, barrage, usine, lac de retenue. La cascade de Saint-Herbot, célèbre au XIXe siècle pour sa beauté, disparaît sous les eaux. Le chaos de Mardoul, lui, n'est pas noyé. Il reste à l'air libre, à l'écart, presque inconnu. C'est par ce gué que passaient les pilhaouerien, ces chiffonniers des Monts d'Arrée qui parcouraient la Basse-Bretagne, chantant et racontant des contes pour qu'on leur ouvre les portes, échangeant des bols de faïence contre des chiffons destinés aux moulins à papier. Un musée leur est consacré à Loqueffret. Leur trace longe encore les chemins qui mènent au chaos. L'eau coule entre les blocs, orange par les algues en automne. Le rocher des sacrifices domine en silence.

Tags

naturechaolégende

Informations pratiques

Localisation

29530 Brennilis