Chaos granitiques du gouet
Site naturel

Chaos granitiques du gouet

Côtes d'Armor, Bretagne

À propos de ce lieu

Sur un bloc de granit qui affleure en surplomb du chemin, une meule de moulin est à moitié taillée, commencée, abandonnée, laissée là. Les entailles des coins d'extraction sont encore visibles dans la pierre. Quelqu'un a arrêté son travail il y a quelques siècles et n'est jamais revenu finir. La roche a gardé l'empreinte de l'inachèvement. Le Gouët doit son nom à une eau. Au Ve siècle, le moine gallois Brieuc remonte un fleuve dont les teintes ferrugineuses lui évoquent du sang. Il l'appelle Ar Gwad, la rivière de sang. Plus tard, le nom se déforme, s'adoucit, devient Gouët. À son embouchure, il fondera ce qui deviendra Saint-Brieuc. La rivière a donné le nom avant de donner la ville. À mi-course entre sa source du Haut-Corlay et la Manche, le Gouët traverse le massif granitique de Plaintel. C'est là que la géologie impose sa loi. Il y a trois cents millions d'années, une intrusion magmatique refroidissait en profondeur dans le Massif armoricain, se fracturant lentement selon des systèmes de diaclases horizontaux et verticaux. L'érosion a dégagé ces fractures, l'eau s'y est infiltrée, a altéré la roche, a emporté les parties meubles. Ce qui résistait est resté, blocs colossaux, sphères irrégulières, amoncellements que la rivière contourne, enjambe, traverse. Le Gouët ne coule pas entre ses rives : il négocie. Des hommes du Néolithique ont dressé des menhirs autour de cette vallée, la Pierre Longue à La Ville-Tiennot, le menhir de l'Hôpital, le tumulus de La Ville-Daniel. Quelque chose dans ce paysage de pierres surgies du sol les a attirés ou leur a répondu. Puis, au Moyen Âge, la vallée encaissée est devenue une zone industrielle. La pente du Gouët fait tourner des roues. Un moulin tous les cinq cents mètres, certains remontant au XIIIe siècle, grains, lin, chanvre. Des carrières taillent les blocs pour approvisioncer les communes voisines en granit de construction. Des ponts en larges dalles posées sur des piles de pierres enjambent le fleuve à intervalles réguliers. Les Korrandons habitent ces chaos, dit-on, nains de source, cousins lointains des Korrigans, que les locaux distinguent soigneusement des uns et des autres. Ils préfèrent le calme et passent inaperçus. Sur certaines pierres, la toponymie a posé ses noms : la chaise du diable, la marmite de la Vierge, trace d'une christianisation qui n'a jamais tout à fait effacé ce qui était là avant. Le moulin de Crénan avait son bistrot jusqu'à la fin des années 1940. Ses ruines résonnent encore, dit-on, des discussions des meuniers. La meule abandonnée dans la roche attend qu'on vienne la finir.

Tags

naturemenhirlégendemoulin

Informations pratiques

Localisation

Parking le Tertre au vin 22940 Plaintel